El Laberinto Del Fauno

by - février 28, 2018


EL LABERINTO DEL FAUNO
de Guillermo Del Toro


«A fairy tale, horror story, and wartime period piece , with an innocent girl at is circle».
c'est ce que Guillermo del Toro dit de son film et c'est dans ses pas que nous allons nous mettre pour en parler.



Ce film est un conte de fée.

Un conte de fées est, pour faire simple, une histoire où interviennent des composantes surnaturelles ou féeriques, des opérations magiques ou merveilleuses propres à enchanter les spectateurs, lecteurs, les personnes qui le reçoivent.

Dès les premières minutes du film, Guillermo del Toro créé une atmosphère typique. Nous plongeant dans une réalité assez rude , et ouvrant la porte au surnaturel.
Pendant la guerre d’Espagne en 1944, Ofelia et sa maman enceinte jusqu'au fond des yeux traversent une foret. Conduites dans de grosses voitures noires rutilantes, elles vont retrouver le capitaine Vidal, nouvel époux de sa mère, père du petit frère qu'elle porte. L'enfant se perd dans les livres de conte de fées qu'elle a amené. Sa maman, lui dit doucement qu'elle est trop grande pour ses livres qu'elle tient serrés contre son cœur. Alors que la voiture est obligée de s’arrêter car sa mère est malade. L'enfant furète dans la foret et trouve, une pierre plantée dans le sol, plus grande qu'elle, où un visage est gravé. Il manque un œil. Elle le trouve au pied de cet étrange monument, le remet en place, et de la bouche béante sort un gros phasme.

Ofelia est une héroïne dans laquelle chacun se retrouvera un peu. En tout cas moi, je m'y suis beaucoup retrouvée. Des le départ elle est dans une position hautement inconfortable. Un nouveau lieu de vie où elle est là seule enfant, dans un monde très masculin, le tout avec une mère affaiblie. Elle tient ses livres, comme elle porterait un bouclier. Serraient contre son cœur, face à l’extérieur. On comprend que tout ce qu'elle connaissait est derrière elle. Et que le futur n'est pas lumineux.
Rapidement elle rencontre celle qui sera son soutien, Mercedes. A noté que leur première rencontre se fait autour de ses livres, qu'elle avait laissé tomber et que la douce Mercedes lui ramène. Puis ces livres laisseront la place au Livre. Une version upgradée The Book Of Crossroads que lui offrira le faune. Un artefact magique qui a traversé les temps et qui sera toujours là pour lui dire ce qui va se passer et ce qu'elle devra faire. Dans sa quête, comme dans sa vie.

Sa quete? Dès la première nuit dans cette caserne. Une ancienne ferme réquisitionnée, le phasme qu'elle a libéré vient la trouver alors qu'elle dort avec sa maman. Maman trop épuisée et faible pour partager la couche de son époux. Il la conduit au centre d'un labyrinthe un peu plus loin. Ils y retrouvent un vieux faune qui lui dira, qu'elle est la réincarnation de la princesse Moana. Elle est morte il y a des milliers d'années. Sont père a créé des portails partout pour qu'elle puisse les rejoindre. Mais pour pouvoir passer de l'autre coté, elle doit franchir trois étapes. Trois quetes à achever.
Les trilogies, trinités, le chiffre trois; sont très importants dans ce film. Pour le réalisateur c'est une constante dans la mythologie et il le décline tout le temps. Si je m'appesantirai sur certains d'entre eux, je ne peux pas le faire pour tous. Je le souligne ici par ce que c'est avec ces quettes que ça commence (puis dans les minutes qui suivent vous verrez les trois gouttes de somnifères que doit boire sa maman, les trois cailloux qu'elle doit faire avaler au crapaud, les trois portes, les trois trônes, trois fées...

Les décors sont aussi une pièce maîtresse de ce conte. Si l'extérieur de la maison renvoie à tout autre chose, les objets de la maison nous parle du conte. Le réalisateur décide de graver partout où il le peut des représentations du faune. On le voit très bien au niveau de la tète du lit de la maman d'Ofelia. Mais il fait sculpter aussi les pieds du lit de l'enfant avec des magnifiques petites chouettes animaux qui font le lien entre les deux mondes. la décision est prise aussi de faire des éléments démesurés. Le lit où elle se blottit avec sa mère est immense. Elles semblent perdues dans tant d'espace. Même son lit à elle, semble beaucoup trop grand. La table ou se passe le repas des officiers ou avec les invités est démesurée. Mais cependant leurs couleurs sont toujours sombres. Elles ne deviennent plus chaudes que chez l'homme pale, elles sont rouges sang. Dans un contexte dont je vous parlerai dans quelques instants. Mais la quintessence est lorsque notre petite héroïne entre dans la salle des trônes à la fin du film. Ils sont si grands, si hauts. Et ici tout est rouge, or, et lumière. Tout cela souligne le déséquilibre entre elle et ce qu'elle doit affronter.

Del Toro qui est au scénario comme à la réalisation imagine un vrai bestiaire. Avec l'aide de la compagnie DDT FX (je vous laisse le lien de leur compte instagram, c'est un bonheur de s'y perdre) il lui donne vie. Ce film est fait avec un budget minimal de 19 millions de dollars, ce fut un travail compliqué et sous tension. Mais le tempérament du maître, fit qu'ils restèrent amis, continuèrent à travailler ensemble...et gagnèrent un oscars entre autre pour leur travail sur ce film.
Si le phasme et les fées, sont créés numériquement, le reste n'est que maquillage et animatronique, . Je m'offre le petit plaisir de commencer par ces derniers qui sont un peu mes chouchous. L'énorme crapaud est créé comme ça. S'il n'est pas filmé en plan séquence avec notre jeune actrice. Il est quand même réel, et ça rend à l'image un coté encore plus dérangeant, inquiétant et dégouttant.
La petite merveille est pour moi celui de la racine de mandragore. C'est mignon cette petite chose. ça bouge ses petites racines. Mais n'oublions on est chez Del Toro, et j’avoue que j'ai détourné les yeux quand elle l'a nourrie.

Le faune, est le gros morceau. Composé de maquillage et de prothèses cette créature est spectaculaire sur bien des points. D'abord car une partie de ses jambes sont effacées par effets numériques ce qui explique leurs formes extraordinaires. Ensuite car le personnage évolue au fil du film et que son maquillage évolue aussi. Au début de l'histoire, lorsqu'il est réveillé. Le faune est plus sombre qu'il ne le sera jamais, il est courbé, on pourrait presque l'entendre craquer tant il ressemble à un bout de bois sec. Mais à la fin; dans l'ultime scène il est plus jeune . Son teint est plus clair, plus frais. Sa corne qui était abîmée, est comme neuve. Il bouge avec avec aisance. Quasi sautillant . Il semble presque avoir de petites joues.
L'interprétation de Doug Jones est géniale. Il est capable de lui donner vie et laisser transparaître toutes les émotions qui le traversent. Il fait peur quand il se met en colère. Il est incroyable lorsqu'il partage cette tranche de viande fraîche avec les fées. Un moment typique du réalisateur. On est à la fois fasciné, et dégoûté. Son interprétation passe par tout son corps la manière dont-il bouge , dont il se cambre. Le jeu de ses mains. Mais là, c'est encore plus frappant lorsqu'il interprète l'homme pale.

Ce film est une histoire d'horreur

Et s'il y a un personnage emblématique de l'horreur dans ce film c'est L'Homme Pale. Toujours imaginé par le réalisateur, mis au monde par la compagnie DDT FX du couple Marti, et incarné par Doug Jones, encore une trinité. Il a cette forme difficile à décrire. Se corps flasque et distendu, se teint plus qu’émacié, blanc-gris. Ses mains si effrayantes, que le jeu de Doug Jones met en valeur. Il est terrifiant. Rien que son souvenir met les chocottes.
Il incarne parfaitement le concept «eyes and mouth» de Del Toro. Beaucoup de choses tourne autour d'eux, et cela toujours en lien avec la fantaisy et le surnaturel. Comme dans la première scène que je vous décrivais au début. Ou encore ces organes démesurés quand ça concerne le crapaud. Mais chez cet homme, c'est sa bouche qui s'ouvre sur des dents carnassières et noires. Ce moment où il attrape une fée, qu'il lui croque la tète, vous laisse stupéfait comme sidéré sur votre siège, et la répétition avec la seconde ne fait qu'accentuer cet état. Et c'est ses yeux hors de leurs orbites qui trouvent leurs places dans les paumes de ses mains. C'est avant tout quelque chose de parfaitement original. Qui a lui seul pourrait créer l'horreur mais jumelé au design de la créature. C'est d'une efficacité à toute épreuve.

Le décorum et tout ce que Del Toro met en place autour de ce personnage est aussi très important.
Il puise beaucoup dans l'imagerie de sainte Lucie. Si son histoire se retrouve dans celle d'ofelia. On retrouve, dans cette partie du film, l'imagerie autour de la sainte et de ses yeux arrachés. Ce qui a pour effet de rendre ce monstre presque envisageable. et de lui offrir une place dans nos propres croyances et mythologies. Le rapport avec la religion n'est pas que là, les peintures qui ornent le plafond et qui racontent ce qu'a fait l'homme pale ressemblent à des peintures qui ornent les plafonds de certaines chapelles ou basiliques. Et elles reprennent des codes iconographiques de certains vitraux. De même le lieu où ofelia se retrouve face aux trois portes ressemble fortement à l'espace derrière la chaire où sont rangés les éléments servant à l'eucharistie. Tout ceci rendant la salle aussi solennelle qu'inquiétante.

Si la table, riche en fruits et mets gourmands est l'incarnation parfaite de la tentation pour une enfant en pleine guerre qui a subit tant de restrictions et qui de plus n'a pas mangé depuis 24H. L'horreur, quant à elle s'incarne dans un détail. Lequel? Un énorme tas de chaussures. Symboles des enfants dévoraient par l'homme pale. Et au moins partiellement, mais probablement majoritairement ceux d'autres petites filles ayant affronté cette épreuve.
Le sang, a un rôle dans différents moments, de ce film. Et il a une couleur différente à chacun de ces moments. Par exemple on ne voit pas celui des fées, le réalisateur jouant avec les contre-jours pour mettre en scène ce moment. Mais il y a une scène forte. Une qui reste, un peu à la manière de ces pièces se remplissant de sang dans certains films. Là c'est Ofelia qui voulant connaître l'étape 2 de sa quete, parcourt le «book of crossroads».

Elle ouvre ce cahier aux pages toujours blanches et voit cette double pages se tacher de ce rouge vif, se diffusant le long des veines du papier. Ça ne dure que quelques secondes et on retrouve l'enfant face à sa mère en train de faire une hémorragie. Sa chemise de nuit, aussi rouge que son livre. Et ses mains ensanglantées. C'est une véritable horreur, avec une violence intrasec. Une violence à la del toro.
De cette manière d'écrire et de filmer, Alfonson Cuarron dit qu'il n'a pas «une violence hollywoodienne». Et de fait la violence de ses films, et de celui-ci en particulier ne se situent jamais où nous l'attendons.

Une période de guerre.

Parler en quelques lignes de la guerre d’Espagne est une gageure. Del Toro dit d'elle qu'elle est comme un oignon. On n'en finit plus de découvrir ses feuilles, mais plus on en sort plus ça fait pleurer. Je vais essayer de le faire quand même. la guerre se déroula de 1936 à 1939. il y a les républicains, orientés à gauche et à l’extrême gauche, ils soutiennent le pouvoir en place, avec … des anarchistes. En face des nationalistes orientés à droite et à l'extrême droite menés par Franco. Après trois ans particulièrement cruels ces derniers gagnent. Pendant la guerre ce sont créés des zones nationalistes et des zones républicaines. Dans les zones nationalistes naît la guérilla anti-fasciste. Son but: le retour à la constitution d'avant guerre. Qui sont ces guérilleros? Des gens qui ne peuvent pas rentrer en zone républicaine, ou qui restent pour combattre. Ce film se passe en 1944. une partie des guérilleros a rallié la résistance française pendant la guerre. L'autre partie s'est organisée et est L'opposition au régime. Entre 1944 et 1948, c'est la période où ils sont structurés et efficaces.

C'est dans cette position que l'on se trouve. Dans la foret sombre et impénétrable la guérilla, avec un relation très forte à la résistance française. Au centre, la représentation nationale, bien sure militaire, qui détient tout, et principalement la nourriture.
La représentation de la gente militaire est symbolisée par trois hommes le capitaine Vidal et deux lieutenants. Vidal qui emprunte son nom à un historien spécialiste de cette guerre civile, prend les traits d'un Sergi Lopez, quasi méconnaissable et fabuleux. Vidal est le père de l’enfant que porte la maman d'Ofelia. Il est l'incarnation de la rigidité. Les scènes où il se prépare, pourtant courtes mais répétées, à elles seules auraient pu suffire à le caractériser. Tant elles sont fortes et denses. Ça et ses habits monochromes.
Il apparaît aussi comme un prince féodal, un prince capable de réduire la dotation alimentaire de chacun de moitié. Et où il règne sur ses notables; comme Lors de la scène du dîner, entouré des gens de bonnes compagnie. Tous le référentiel de la petite bourgeoisie est présente. Et comme tous les seigneurs d'antan, il s'octroie le droit de vie et de mort sur ses sujets
Et la réalisation en fait finalement le monstre du film. Dans une scène typiquement «del toroienne», dans les premières minutes on le voit tuer un homme de manière horrible à coté de son père,avec un détachement glaçant. Alors qu'il va devenir père, il semble s'affirmer comme de plus en plus cruel. Lors des scènes de tortures, le spectateur voit d'abord que ce n'est pas sa première valse, il maîtrise l'exercice et y prend plaisir. La dernière de ces scènes, semblant être pour lui la quintessence de l'extase. La blessure sur le visage, signée Mercedes, fait de lui l’incarnation du «grand méchant loup».

Le fait qu'il n'éprouve aucune envie de partager la chambre de sa femme, et n'a d’intérêt que pour son fils. Mis en corrélation avec le fait que la seule fois où le spectateur le voit prendre du plaisir et pendant les scènes de tortures, où il est particulièrement sadique . Parlent de lui. Tout comme sa fixation sur la montre à gousset, laissée par un père avec qui il avait de mauvaises relations. Ou encore la manière de ne voir son enfant que comme une trace de lui.
Le lieu choisit pour incarner son antre, n'est pas anodine. Imaginée par le réalisateur d'après une cheminée pyrénéenne. Elle est anguleuse et grise. Elle est brute, vue de l’extérieur. Et semble froide.
Le fascisme est pour del Toro quelque chose de masculin. Et c'est pour cela qu'il voulait une héroïne

Une fille innocente au centre de ce cercle

Ofelia est notre héroïne. Si son nom la renvoie directement à l'Ophélie de Shakespeare, à son destin tragique et à sa relation forte avec son père. Guillermo Del Toro s'inspire aussi de sainte Lucie pour créer son personnage. Martyre, appartenant à la noblesse dont la mère saignait « des entrailles», sa foi sauva la maman. Mais ofelia ne se résume pas à cela. Elle est présumée être la princesse Moana. Dont le père puissant a construit des portails dans tout le monde pour la retrouver. Alors qu'Ofelia n'a presque pas connu le sien.
L'histoire est celle d'un rite de passage. Elle doit affronter toutes ces situations pour devenir qui elle veut être. Dans la réalité de cette enfant, c'est les moments du choix. Bien sure elle a trois possibilités devant elle. Devenir comme sa mère «la plus belle». Être mère, mais aussi être assujettie à un homme, quitte à ce que ça la tue. Devenir comme Mercedes cette combattante de l'ombre, forte et sous estimée. Toujours sur la brèche.
Ou alors Moana. Cette princesse, que ses parents attendent dans la salle des trônes
Sa quette lui permet aussi de comprendre ce qui se passe. Le faune intervient dans sa vie, et ce qu'elle apprend de ses aventures lui servent au quotidien. Il lui donne la mandragore. La craie lui permet de sauver son petit frère, la visite chez l'homme pale lui apprend à s'écouter.... le livre lui explique ce que traverse sa mère. La meilleure illustration est le moment où, le crapaud trop gros tue un arbre magique. Un arbre dont la forme rappelle un utérus.
Son évolution est aussi actée par ses habits. Les costumes prennent toute leur importance . Elle arrive habillée de gris et vert sombre, puis sa robe devient plus brillante, et la fait ressembler à Alice au pays des merveilles. Pour finir dans des habits rouges et or et ses chaussures deviennent rouges rappel à celles de Dorothy.
Le lieu d'Ofelia, est le labyrinthe, celui où elle rencontre le faune. Celui où se finit le film.
Dans l'esprit du réalisateur, un labyrinthe parle de se trouver, plus que de se perdre. Il est la pièce majeure de la quette de son héroïne, son vecteur.
Cette histoire est très émouvante. Et cette émotion est portée par la petite actrice Ivana Braquero. Elle et d'une humanité, sans nom.




Ce film est un film sur les femmes. Sur les choix qu'elles doivent faire. Mais c'est plus que ça. Ces différents niveaux de lectures laissent une fin ouvertes en fonction de ce en quoi on veut croire.
De plus il a changé la perception du grand publique sur les acteurs comme Doug Jones. Ce film est un trésor



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