Rétribution

Le détective Yoshioka enquête sur plusieurs meurtres qui semblent liés entre eux. Chaque victime est découverte noyée, le corps rempli ...


Le détective Yoshioka enquête sur plusieurs meurtres qui semblent liés entre eux. Chaque victime est découverte noyée, le corps rempli d'eau salée, cette même eau qui menace d'engloutir des quartiers désaffectés des alentours de Tokyo au prochain tremblement de terre. Tourmenté par le stress et par la crise que traverse son couple, Yoshioka découvre sur les lieux des crimes des objets familiers qui le poussent à s'interroger sur sa propre culpabilité : se pourrait-il qu'il soit le meurtrier ?
Rétribution – 29 Août 2007 – Réalisé par Kiyoshi Kurosawa

Il y a encore quelques mois, je ne connaissais ni Kiyoshi Kurosawa, ni Koji Yakusho. Mais depuis cela a bien changé, le premier est devenu l'un de mes réalisateurs préférés et le second un acteur que j’affectionne particulièrement. Surtout qu'ils ont collaboré plus d'une fois ensemble, huit pour être précis et qu'à chaque fois Koji Yakusho est étincelant ! Si bien que désormais, il suffit que je lise son nom dans la distribution d'un film pour avoir envie de le voir, un plus indéniable pour chaque films de Kiyoshi Kurosawa ou il apparaît, dont « Retribution » qui est la septième et avant dernière (pour l'instant) collaboration.

Dans les vieux quartiers de Tokyo, loin de tous, avec son lot de friches industrielles et de bâtiments abandonnés, une jeune femme vêtue de rouge vient de se faire assassiner. Le détective Yoshioka, expérimenté et instinctif est sur place pour commencer à enquêter sur ce meurtre violent. Seul lui remarque certains détails, comme l'eau que régurgite la victime ou un bouton dans une flaque, mais rien de concret à proprement parler. Tout s’accélère quand un autre meurtre est commis, puis un autre, la police est sur les dents, car elle pense avoir à faire à un serial-killer. Malgré le stress, Yoshioka ne ménage pas ses efforts pour trouver le tueur, sauf que cela se complique, quand il se trouve suspecter pour le meurtre de la femme en rouge …

Kiyoshi Kurosawa
mélange une fois de plus les genres, le thriller et le film de fantôme ! Une chose qu'il fait souvent et qu'il maîtrise, avec comme point d'orgue dans sa filmographie, le fantomatique « Kairo ». Et sans en être la copie, « Retribution » s'interroge de la même façon sur la société japonaise, et pose la question suivante, comment savoir ou l'on va, si on ne sait pas d’où l'on vient ?

Le scénario est signé Kiyoshi Kurosawa et il se concentre sur la personne de Yoshioka. Le détective qui enquête au début sur une série de crime, se trouve par la suite démunie face à son environnement qui s’effondre sur lui même, qui lui amène plus de questions que de réponses. Il synthétise ainsi les diverses obsessions des différents personnages que le récit développe, la mort, la solitude, le regret, l'oublie et l'amour. Des thématiques qui sont en parties similaires a celle de « Kairo », mais là, il s'agit non pas de penser à la jeunesse, à cette partie de la population qui au travers des écrans s'isole, mais bien au passé, aux gens que la modernisation a laissé de coté, aux laissés pour comptes, a ceux qui ne demander qu'un bonjour, un regard ou une main tendu.

Un pessimisme ambiant que K.Kurosawa nous transmet aussi par sa mise en scène, épurée, simple, avec des choix de décors judicieux, des couleurs saturées et ce sentiment inextricable d'immensité qui nous étouffe ! L'utilisation de l'eau et des miroirs pour matérialiser le monde que l'on ne voit plus, est bien vu, tant par ce que cela amène en terme de réalisation, qu'en termes de symboliques. Le rythme du film que le réalisateur maîtrise admirablement bien, agit comme un décompte, un lent mouvement, une bascule vers la folie, qui n'est autre que le chemin que Yoshioka doit suivre pour accéder à la vérité. Le casting est quant à lui de qualité, porter par l'immense Koji Yakusho, sombre, touchant et émouvant. Il porte littéralement le film sur ses épaules. Puis on trouve Manami Konishi, l'étrange femme en rouge. Une belle performance, plein de nuance, avec sa dose de mystère qui l'accompagne. Une intrigante revenante au cri perçant. 

Un film plus émouvant qu'effrayant, qui fait des fantômes le reflet de nos erreurs passées.


Les Vies privées de Pippa Lee

LES VIES PRIVEES DE PIPPA LEE de Rebecca Miller Les vies privées de Pippa Lee est un film de femme. En tout cas c'est un f...



LES VIES PRIVEES DE PIPPA LEE
de Rebecca Miller

Les vies privées de Pippa Lee est un film de femme. En tout cas c'est un film écrit par une femme qui décidera de revêtir toutes les casquettes. Elle a d'abord écrit un roman, qu'elle transposa en scénario puis elle réalisa le film. Il suit une femme qui flirte avec la cinquantaine pendant quelques semaines, voire mois et nous confronte à sa vie.

Le film s'ouvre sur un repas chic dont Pippa est l’hôtesse qui réunit des gens de bonne compagnie. Il célèbre son installation avec son époux (un riche éditeur qui a aussi écrit quelques livres) dans une banlieue riche est vieillissante ou il pourra se reposer. Leurs enfants sont grands et vivent leurs vies. Très vite ce qui frappe est l'énorme différence d'age entre les deux ( plusieurs décennies) et l'aspect de parfaite femme d'intérieur de notre héroïne. La peur qui régit sa vie,est perceptible des le début, c'est celle de la mort de son mari qui a fait deux infarctus et sans qu'on ne sache pourquoi la peur qu'il sombre dans la folie. Et lorsqu'on découvre son voisinage, on perçoit à quel point elle détonne et à quel point elle doit se sentir seule.
La première chose qui saute aux yeux est le choix bizarre (voire le non choix) du point de vu narratif. Si au début on choisit une narration avec un point de vue externe objectif, elle glisse progressivement vers un point de vue subjectif qui suit exclusivement Pippa. Mais tout d'un coup Pippa décide d'écrire sa vie (notons qu'on ne la verra jamais écrire) et surgissent régulièrement dans le film des épisodes de sa vie, racontés à la première personne). Ce switch particulier ne gène pas la compréhension, mais elle accentue un aspect décousu voire mal maîtrisé.

Visuellement, la réalisatrice arrive à faire un joli objet, qui forme un écrin sympathique et hors du temps pour passer son message. C'est parfois drôle, en général ça concerne la maison de Dot (les couleurs de la chambre de son fils, les champignons en plastique)... mais elle utilise aussi cette banlieue comme l'antichambre de la maison de retraite ou de la mort. Une antichambre avec un sourire de façade mais pas très sereine.
Ensuite il y a le fond de l'histoire que je vous laisse découvrir. il est cathartique pour les spectatrices. Mais l'ambition ultime de ce film, disons le, c'est de développer des thèmes psychologiques et ce n'est pas très délicats.
Par exemple le somnambulisme comme stigmate d'un refoulement ou du déni; et qui finit par amener (en voiture) la personne qui en souffre en chemise de nuit près de l'homme qui ne la laisse pas indifférente. Ou encore un vieil homme qui séduit inlassablement la même femme, avec peu d'estime d'elle, des failles affectives énormes et qui va tout faire pour le satisfaire. Et qu'il finit , inlassablement, par quitter.
Ou cet autre qui tombe toujours amoureux des femmes de son pote.
Puis il y a aussi la culpabilité des femmes, les rapports mère-fille qui semblent régir l'éducation des femmes depuis la nuit des temps... et plein d''autres points développés avec très peu de finesse.
J'avoue que j'ai passé un bon moment en voyant ce film. J'ai aimé ce mélange de bons sentiments, et de jolies choses. Cependant en y repensant et en écrivant dessus je me suis aperçue que les choix de la réalisatrice ainsi que les propos féministes du films sont en inéquation. Et lorsqu'on repense à toutes les casquettes qu'à la réalisatrice, le film perd de la cohérence, et utilise les ficelles qu'elle dénonce.

Elle montre du doigt la manière dont est traitée Pippa, mais elle applique les mêmes réflexes avec ses actrices. Par exemple la manière dont elle dirige Blake Lively qui incarne Pippa Lee jeune. Lorsqu'elle a des scènes a interprété elle est touchante et juste. Ce qui n'est pas simple vu le rôle. Mais pendant toute une partie du film elle devient une belle femme trophée, le summum de cette situation c'est quand elle la pose nue diaphane et sublime, sur son vieil amant qui lui est engoncé dans une robe de chambre noire, et dont on ne voit que son visage. 

Pareillement pourquoi décrire la jeunesse de son héroïne comme elle le fait. Elle l'hyper sexualise, la faisant passer d'un homme à l'autre et se «défonçant gaiement». Alors qu'elle dit être vendeuse, elle sous entend qu'elle est entretenue. Image si valorisante que le scénario relance en la faisant devenir la maîtresse d'un homme riche et marié. On comprend la logique mais pourquoi la dévaloriser autant. Heureusement que l'actrice excelle et que l'empathie naît instantanément.

Tout ce coté «sexualisé» disparaît lorsque c'est la sublime Robin Wright qui prête ses traits à notre personnage central. Alors pourquoi dans ce film ou l'on nous parle de femme entre quarante et cinquante ans, on décide de rhabiller la bombe qui l’interprète? Et pourquoi présente t-on Keanu Reeves qui a sensiblement le même age comme un homme taiseux mais «soooo caliente»,qui fait sauter la chemise en cas d'urgence?ce n'est pas l'antithèse de ce que le film veut prôner. Et d’où vient l'idée de dire à longueur de film «mais tu sembles rajeunir», sous entendu tu semblais vieille ou en sous texte du sous texte l'amour te fait rajeunir. C'est Robyn Wright, elle est sublime, ce n'est pas deux boucles en plus dans les cheveux qui vont changer son apparence

Si moi j'ai bien ressenti le coté cathartique de ce film. Le maître des clés de ce blog l'a juste trouvé super culpabilisant pour les femmes et notre héroïne. Et c'est vrai qu'elle est tout le temps jugée par les autres, que jamais le scénario n'est bien veillant et que le seul orgasme qu'elle aura finira en crise de larmes.
Je pense que je devrai parler de la place très étrange de la religion dans ce long métrage. Mais j'ai pas bien compris les partis pris. Je comprends cependant que l'on puisse devenir mystique en priant comme elle le fait à un certain moment du film.
Je pense que Freud et Lacan aurait beaucoup de travail à analyser la dichotomie de ce long métrage. Mais moi là, je suis perdue.

Oui il y a un filon psychiatrique dans ce film. Mais je n'arrive pas à appréhender tout ce qu'elle a voulu dire. Peut être que l'omnipotence de cette créatrice a troublé le message. Car elle est la fille d'un écrivain célèbre (Arthur Miller), et connaît parfaitement le monde de l'édition. Elle a le même age que ses personnages et que les acteurs qu'elle choisit. Et vit depuis des décennies avec une personnalité très médiatique (Daniel Day Lewis). Je ne sais pas ce qu'elle projette et je n'ai pas envie de trier. J'ai aimé ce film, j'ai apprécié le voir, mais avec le recul je ne pense pas le revoir.

Creepy

Un ex-détective devenu professeur en criminologie s’installe avec son épouse dans un nouveau quartier, à la recherche d’une vie tranqui...


Un ex-détective devenu professeur en criminologie s’installe avec son épouse dans un nouveau quartier, à la recherche d’une vie tranquille. Alors qu’on lui demande de participer à une enquête à propos de disparitions, sa femme fait la connaissance de leurs étranges voisins.
Creepy – 14 Juin 2017 – Réalisé par Kiyoshi Kurosawa

Découvrir un cinéaste, cela tient souvent à un rien! C'est ce qu'il m'est arrivé il y a cinq mois, lorsque j'ai eu la chance de voir avec Cécile une dizaine de films en peu de temps du réalisateur Kiyoshi Kurosawa et depuis, il fait clairement parti de ces artistes que j'apprécie énormément. Notamment pour ce mélange subtil entre l'ordinaire le plus banal et le fantastique, un cocktail qu'il maîtrise à merveille. Parmi ses films, des thrillers étranges, comme Cure, Charisma ou encore Retribution et désormais « Creepy » ! Une plongée dans cette énigme aussi stressante que passionnante, « le Voisin » !

Suite à un excès de zèle, l'inspecteur Takakura démissionne et devient professeur en criminologie. Pour tourner la page d'une vie passée auprès des pires criminels, il déménage avec sa femme dans une nouvelle maison, située dans un quartier calme de la ville. Très attentionné et prévenante, Yasuko décide pour faire connaissance avec ses nouveaux voisins, de prendre des chocolats pour leur offrir ! Hélas l'accueil est assez glacial, la première voisine ne leur porte guère d'attention, quant au second, il ne daigne même pas sortir de chez lui. Malgré tout, la vie se met en place, Takakura continue de donner ses cours, pendant que Yasuko s'approprie leur domicile, mais peu à peu tout va dérailler, a cause de intriguant Nishino, un voisin timide, craintif, peu bavard et terriblement envahissant.

Si j'occulte les conditions de visionnages particulièrement désagréable (Canicule, salle bondée et pas de climatisation), mon premier Kiyoshi Kurosawa au cinéma fut vraiment un bon moment. Un thriller de qualité sur un sujet qui ne l'est pas moins, le voisin ! Une figure sujette à fantasme, une personne qui peut être un repère, un ami ou encore le pire de vos cauchemars. Le réalisateur s'empare de ce sujet pour le transposer dans son univers, ou le quotidien se confronte au mal le plus ordinaire.

Kiyoshi Kurosawa scénarise avec Chihiro Ikeda, l'adaptation de « Creepy », un roman de l'auteur japonais Yutaka Maekawa. L'histoire ce concentre principalement sur la vie de Takakura qui se dérègle inéluctablement ! Son métier d'inspecteur qui lui échappe, son ménage qui ne va pas bien et l'irruption dans son quotidien d'un voisin des plus dérangeant. Sur bien des points Takakura rejoint l'inspecteur Takabe de « Cure » ou encore celui de « Charisma » l'inspecteur Yabuike, ou tous les trois après avoir perdu le contrôle de leurs univers, devront apprendre à se remettre en question et a devenir plus humble, pour éviter à l'avenir les mêmes déconvenues.

Une humilité que l'on peut mettre en corrélation avec l'autre thème majeur du film, a savoir que le mal n'a rien d'extraordinaire et qu'il ne se limite pas au grande métropole, trop souvent le symbole facile de la déchéance. Et ce n'est pas anodin de s'attaquer a la figure du voisin !Tout le monde a déjà vécu avec des voisins, que ça soit dans une maison, ou dans un appartement, c'est la personne qui fait partie de notre quotidien et de notre entourage sans qu'on lui prête forcément attention. Une personne sur qui ont peut compter, qui peut devenir un ami, voir un proche ou que sais je encore, mais comme je l'ai déjà vécu cela peut aussi devenir la pire des choses ! Une personne qui peut s'immiscer peu à peu dans votre vie, qui peut manipuler votre entourage, ou vous salir auprès de personnes qui ne vous connaissent pas. Le « voisin » dans les mains de Kiyoshi Kurosawa devient un vampire, un être froid et désincarné qui vient littéralement aspirer l'humanité de ses personnages.

La réalisation est quant à elle totalement fonctionnelle et en adéquation avec ce que K.Kurosawa à l'habitude de montrer ! D'une manière différente, il amène cet effet d'immensité que l'on pouvait ressentir face aux villes de ces précédentes œuvres, vers quelques choses de plus intimes et plus petits, en transformant les intérieurs de chaque maisons en des étranges labyrinthes anxiogènes et cauchemardesques. Des ensembles cohérents et complexes comme l'est la psyché humaine, avec ces zones de lumières et d'ombres; du salon cossu de la maison de Takakura, au couloir sombre des sous sols de la maison de l'antagoniste, le travail sur les décors est impressionnant et bien pensé, ce qui donne une ambiance cauchemardesque ! De plus la partition de Yuri Habuka rajoute aisément au stress que génère l'histoire, ce sentiment si particulier d'inconfort constant, à cheval entre le décorum rassurant d'un quartier paisible et ce qu'il se passe des qu'on ouvre l'une des portes des maisons présentes, un contraste sur lequel Kiyoshi Kurosawa joue pour nous tenir en haleine et ne jamais nous laisser redescendre. Bémol toutes fois pour moi, avec une fin qui s'éternise beaucoup trop et qui laisse retomber la tension comme un soufflet !

Le casting du film est vraiment pas mal ! Commençons avec Teruyuki Kagawa qui joue Nishino l'antagoniste de cette histoire. Cet acteur m'a bluffé du début à la fin de par son talent à incarné toutes les facettes de son personnage, avec une candeur aussi froide que désincarné. Il est à la fois naif, craintif et affable tout comme il est aussi manipulateur, froid et capricieux, une palette large d'émotions que l'acteur nous transmet avec talent, parfois cachés par son sourire carnassier. Hidetoshi Nishijima joue l'ex inspecteur Takakura, une personne forte qui a confiance en elle, un peu trop d'ailleurs et c'est la que sa performance va se jouer, en laissant transparaître sa fragilité et ses doutes, ce qu'il réussit ! Avant de reprendre le contrôle à la fin, après avoir tant subit ! Puis on trouve Yuko Takeuchi dans le rôle de Yasuko, une épouse peu à peu délaissée et cible facile de notre antagoniste, un rôle pas facile que l'actrice s'approprie et bonifie avec talent; tout comme celui de Haruna Kawaguchi, jeune lycéen mystérieuse sous l'emprise de Nishino …

Si ce n'est pas le meilleur film de Kiyoshi Kurosawa, c'est malgré tout l'un des thrillers de l'année 2017 !

Little Buddha

LITTLE BUDDHA de Bernardo Bertolucci Les souvenirs des films sont trompeurs, et j'ai souvent peur de revoir ceux que j...


LITTLE BUDDHA
de Bernardo Bertolucci


Les souvenirs des films sont trompeurs, et j'ai souvent peur de revoir ceux que j'ai aimé jeune adulte ou adolescente. Certains survivent mal à mon évolution, et je me trouve encore plus difficile depuis que j'écris sur ce blog. J'avais gardé un souvenir ému de celui-ci et j'avais peur de le revoir. Mais le maître des clés de ce blog, ne l'avait pas vu. Alors on s'est laissé tenté, et j'avoue que la magie a refait son travail. Différemment de la première fois mais elle était toujours là.

Alors qu'il partage son enseignement avec ses jeunes élèves dans un temple au Bhoutan, Lama Norbu apprend que l'on pense avoir trouvé la réincarnation de son maître le Lama Dorje à Seattle. Il s'embarque avec un jeune moine et rejoint un monastère américain et un moine qui a établi le contacte avec la maman de l'enfant. Il se présente dans la magnifique et majestueuse maison dessinée par le père de famille architecte en vogue. Ils se présentent et expliquent aux parents pourquoi ils sont là. Parents qui ne savent pas trop quoi en penser. En partant ils offrent au petitou, Jesse, l'histoire de Siddhartha et de comment il devint Bouddha? A partir de ce moment le film nous raconte le cheminement de Siddhartha et suit Jesse et ses parents pendant la recherche de la réincarnation de Lama Dorje.

Ce film est malin. Je me souviens que la première fois que je l'ai vu je ne connaissais que peu de choses au Bouddhisme et pourtant j'ai toujours été en mesure de comprendre l'histoire. Chaque moment du film est expliqué avec délicatesse et sans jamais être lourd. Lorsque l'on commence, le Lama Norbu explique aux enfants le principe de la réincarnation. Et si c'est une notion familière, on en découvre son origine. Mais plus encore ici c'est la pierre angulaire du scénario. Jesse est-il ou pas la réincarnation de lama Dorje? Et lorsque les moines expliquent pourquoi ils sont là à ses parents, nous les spectateurs y trouvons de la cohérence. Ce qui n'aurait probablement pas été le cas sans la scène qui précède ce passage.
Ce film est beau, mais l'image n'est pas qu'une belle photographie. Elle habille d'un bleu froid tout ce qui se passe à Seattle. Un bleu froid et sombre. Et de couleurs chaudes orange et jaunes tout ce qui touche à l'histoire de Siddhartha. Ce jaune chaud et lumineux. Ces moments s'alternent dans une partition parfaitement équilibrée. Cette succession forme un tableau splendide et complexe, à l'image de ceux des mandalas. Il y a cependant des limites à cet exercice, car si on est attaché au petit Jesse, tous les passages avec ce filtre bleu deviennent rapidement moins intéressants, on développe moins d’empathie avec ces personnages et il nous reste que les actions qui se passent au Bouthan et ceux de la vie de Siddhartha.

Arrêtons nous cinq minutes sur la manière de filmer Siddhartha. Si lorsque vous cherchez des images sur ce film la majorité des occurrences sont des images de ce personnage, ce n'est pas anodin. Ce sont les moments les plus éclatants, lumineux de ce long métrage. Tout ça est du à son traitement. La lumière a son importance, à la fois chaude et éclatante, elle inonde ce film et contraste violemment avec les filtres bleus. les décors et tout ce qui l’entoure, quelques soit le moment du récit sont étudiés pour souligner sa stature et son aura exceptionnelle. L'une des scène avec un cobra alors que lui est totalement immobile en est le plus parfait exemple. Ensuite les choix sur les costumes ont leur importance. Lorsqu'il est un prince ce sont des étoffes et des parures de bijoux sublimes. Les tissus sont riches en couleurs toutes plus chaudes les unes que les autres et l'or scintille autour de son cou, dans ses cheveux, et a ses poignets.. quand il est un ascète cachectique c'est le choix de sa coiffure qui lui donne une allure et son maintien extraordinaire. Quant à la dernière partie, de sa tenue à son visage tout est lumineux. Siddhartha est interprété par un Keanu Reeves, assez méconnaissable, maigre à l’extrême et aux cheveux longs et bouclés. Sa prestation est unique dans sa carrière. Et il joue dans la douceur pendant tout le film, son charisme et son talent le rende pleinement crédible en tant que divinité en devenir


Ce film, en nous plaçant dans les pas de Jesse, nous raconte son histoire; et nous initie aux rudiments du bouddhisme, sans aucun prosélytisme. Et cette notion d'éducation et de transmission est importante ici. La maman est professeur de mathématique, et coincée dans quelque chose d'assez rigide; le moine qui découvre Jesse est professeur de mathématique et d'astronomie car dans cette philosophie l'un ne va pas sans l'autre, les lamas enseignent à des jeunes moines tous assis en tailleur dans une petite pièce. Cette notion de partage est partout, c'est l'image de Lama Norbu qui raconte l'histoire à Jesse. Et ce n'est pas étonnant car c'est Siddhartha qui après être devenu l’éveillé propagera l'enseignent bouddhiste.

La fin se déroule au Bhoutan. Partie du film qui n'a pas besoin de filtres, et s'habille des couleurs magnifiques de Katmandou. Et un parallèle se fait entre l'architecture de Bodnath qui allie l'eau l'air le feu, et le building gigantesque qu'a construit Dean avec son associé et qui ne trouve personne pour vouloir y habiter. Et apparaît le delta entre les deux sociétés, et l'importance de trouver un point d'équilibre, de trouver sa voie du milieu. Cette partie avec un Dean transformé est l'occasion d'aborder différents thème avec douceur bienveillance et légèreté tel que la mort, la volatilité des choses, et l'aptitude que tout un chacun a à évoluer.
Si je vous ai déjà parlé de l'interprétation de Keanu Reeves, le reste du casting est aussi attachant Chris Isaak est le papa de Jesse, le filtre bleu est juste parfaitement de la couleur de ses yeux. Il se départi assez peu de l'expression de visage qui lui est si caractéristique (mi pensive- mi chien battu). Mais il tient bien son rôle, et est crédible. Jesse prend les trais d' alex wiesendanger, une bouille à bisous ce petit, le lama Norbu est interprété par Ruocheng Ying qui est terriblement attachant.

Ce film est riche et beau.il y a une volonté de partage qui fait du bien. J'aime l'idée que touchés par le projet des lamas aient joué dans ce film. Je le regarderai encore dans quelques mois car je sais que je n'ai sûrement pas tout appréhender. Il est autant un voyage qu'une expérience.


L'Associé du Diable

Kevin Lomax, jeune et brillant avocat de Floride, va perdre ses illusions quand un grand cabinet de New York va l'approcher et lui co...


Kevin Lomax, jeune et brillant avocat de Floride, va perdre ses illusions quand un grand cabinet de New York va l'approcher et lui confier des affaires. Le patron, Milton, s'intéresse à lui et lui confie les plus gros dossiers.
L'Associé du Diable – 14 Janvier 1998 - Réalisé par Taylor Hackford

« Le Paradis Perdu » est un poème ! Un poème épique qui revient sur deux choses, deux épisodes de la bible, a savoir la rébellion de Satan, Ange déchu, et le péché originel d'Adam et Ève tentés par le serpent dans le jardin d'Eden. Son auteur ? Le poète et pamphlétaire John Milton. Et Milton, c'est aussi le nom d'un des personnages principal de « l'Associé du diable ».
Je vous laisse deviner lequel …

Kevin Lomax est un petit gars de l'Amérique rurale, bien élevé et profondément catholique. Un passé qui ne l'a jamais empêché de devenir ce qu'il souhaite, un brillant avocat, le meilleur de tout le comté. Rien ne lui échappe et ça quelque soit l'affaire qu'il défend, même si moralement c'est parfois difficile. Alors qu'il fête sa dernière victoire avec sa chérie et les membres du cabinet d'avocats ou il exerce, un homme l'interpelle et lui transmet la proposition du plus grand cabinet d'avocat de New-York. Kevin est à la fois surpris et flatté, lui l'homme ambitieux! Et c'est tout naturellement qu'après en avoir parlé avec sa compagne Marie-Ann, il accepte la proposition et part rencontrer le mystérieux et tout puissant John Milton.

"Better to reign in Hell than serve in Heaven"

C'est au final un film assez décevant, pour ne pas dire mauvais! Si cette peinture de la vanité que nous livre Taylor Hackford à le mérite de voir la société comme elle est de nos jours (avec vingt ans d'avance), cela ne peut cacher et sauver un long-métrage bancal du début à la fin. Pourtant c'est un film qui démarrait bien, avec une ambiguïté et un cynisme savamment dosé, des qualités indispensables pour devenir « L'associé du diable » (Titre qui soit y en passant, vous spoile l'intrigue impunément) !

L'histoire écrite par Jonathan Lemkin et Tony Gilroy est tiré du livre éponyme d'Andrew Neiderman. C'est un récit dans le genre « Rise&Fall », avec un jeune avocat plein d'ambitions, qui grimpe au sommet de la chaîne alimentaire, avant d’être déchu de son piédestal. Dans un premier temps c'est bien amené, le cadre est bien définit et la dichotomie entre la campagne et la ville fonctionne admirablement bien (quoique classique), notre personnage principal est un rookie un peu naïf qui se laisse vite dépasser par ses émotions et surtout ses envies. Et c'est la que plus rien ne fonctionne! Car le reste du récit essaye de montrer qu'un être humain est tenté de faire des choses répréhensibles qui vont contre la morale, une répétition du péché originel à la sauce gratte ciel et costumes 3 pièces. Sauf que ça ne fonctionne pas, car on suit un « avocat », une personne qui est amenée à défendre les accusés comme les victimes et qui de facto se doit de mettre sa morale en « veille ». Donc comment peut on prendre un récit comme celui ci au sérieux, quand la profession de Kevin Lomax l’amène naturellement à être « contre la morale » ?

« Eddie Barzoon, regarde-le bien parce qu'il est la figure emblématique des mille prochaines années. Les gens comme lui, c'est pas par hasard qu'ils existent. On aiguise tellement les appétits humains qu'ils pourraient fissionner n'importe quel atome de leur désir acéré. On bâtit des égos de la taille des cathédrales, et la fibre optique relie l'ensemble du monde à chaque pulsion du plus petit ego. On rend bandant les rêves les plus tartes à force de billets verts, de toc, de plaqué, de paillettes, jusqu'à ce que le dernier des humains se prenne pour un empereur et devienne son propre dieu. »

Cet extrait est issue du monologue de John Milton (Al Pacino) qui digresse avec passion sur l'état du genre humain. Une réflexion assez grinçante et surtout criante de vérité, car elle représente aussi tout ce qui ne va pas dans nos sociétés modernes. Des sociétés dans laquelle on exhorte l'individualisme le plus bête, ou les jeunes doivent « rêver » d'être milliardaire, ou la « start-up » est le nouvel eldorado, ou on idolâtre la première personne qui nous fait croire qu'on a besoin d'une chose dont on n'a pas besoin, ou l'on veut protéger la planète en polluant. Bref un monde magnifique pour les vautours, les rapaces et autre charognards, que l'on ne nommera pas car on les connaît tous, ils sont présidents, grands patrons, animateurs, sportifs, star et starlettes de real tv ou encore hommes et femmes politiques ! Les nouvelles stars d'une société du spectacle qui n'en finit pas de s'autodétruire, cachée sous les oripeaux de la bienséance.

Quant à la réalisation de Taylor Hackford, c'est la sécurité avant tout ! Rien ne sort du lot, c'est plat, sans réelle énergie et surtout affreusement kitsch. Malgré ça, l'histoire se déroule sans accroc, notamment dans sa première partie, la narration est fluide et on apprend à connaître le personnage de Kevin Lomax, sauf qu'une fois que l'intrigue se déplace à New-York, le réalisateur verse dans la grandiloquence à outrance. D'un coté je comprend qu'il faille marquer la différence entre la campagne et la ville, le bon et le mauvais, dieu et le diable, mais c'est tellement caricatural dans sa démarche que ça ne prend pas. Toutes les femmes sont des tentatrices, New-York est la nouvelle Babylone prête à pervertir toute nouvelle âme qui s'immisce en elle, Satan qui fait bouillir de l'eau bénite en trempant son doit dedans …

Un mauvais goût qu'on retrouve dans les décors, le bureau de Milton, les statues derrières son bureau, l'appartement du grand patron accusé de meurtre qui n'est autre l'appartement de Donald Trump dans la Trump Tower; mais paradoxalement le travail du décorateur Bruno Rubeo est bon ! On ne peut pas lui reprocher ce qu'il a construit, c'est juste qu'au final ça ne fonctionne pas à l'écran et que ça participe à l'ambiance caricaturale que le réalisateur entretient tout au long du film. Puis que dire des petites touches horrifiques ? Si ce n'est qu'on ne comprend pas pourquoi elles sont là ! Ça manque clairement d'un vrai travail d'atmosphère, alors qu'il réussit parfois sur des idées toutes simples à nous embarquer dans son univers, comme le fait de rendre de plus en plus sombre les costumes du personnage de K.Reeves par exemple ! C'est tout bête, mais ça marque plus que tout ce que Taylor Hackford s'escrime à nous montrer. Le casting est quant à lui de qualité, Al Pacino, Keanu Reeves, Craig T. Nelson ou encore la toute jeune Charlize Theron. Hélas pour moi, comme pour vous, ils sont très mal dirigés, la palme revient a l'immense Al Pacino qui cabotine comme jamais dedans !

Pour la subversion, on repassera, pour le reste aussi ... 


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