Voyage à Yoshino
VOYAGE A YOSHINO
de Naomi Kawase
Dernier
film en date de Naomi Kawase, il est loin d’être son film le plus
facile d'accès. Il est d'une richesse visuelle intense, vibrante, il
amène ses spectateur sur un chemin où se côtoient mysticisme et
recherche sur soi. Exercice complexe et rare au cinéma.
Tomo
passe sa vie dans la foret de Yoshino. Il la protège avec son
sublime chien blanc Ko. Il passe régulièrement chez Aki, femme
mystérieuse et bienveillante, qui habite aussi ce lieu. Un jour il
croise Jeanne et Hanna, une professeur et son étudiante à la
recherche d'une plante médicinale: Vision.
Le
cinéma de cette cinéaste est toujours plus ou moins contemplatif.
Et ce film explore cette facette dans sa manière de filmer la foret.
Elle s'attarde sur les feuilles qui poussent, sur un changement de
temps, de couleur, sur un couché de soleil,et sur le calme d'un plan
d'eau. Tout cela rapporté à la vie de tout un chacun, tout cela
rapproché de nos quettes personnelles, et plus encore tout cela remis
en perspective dans le monde où nous évoluons dans une scène de
partage et d'enseignement entre Tomo et Rin.
Elle
pousse cette contemplation, jusqu'à donner vie à certains arbres.
Certains son tellement charismatiques qu'ils semblent danser, ou que
les gens s'inquiètent de leur santé. Et cette foret prend encore
une autre dimension,accentuant les aspects magiques de l'histoire.
Ce soucis d'appréhender ce qui nous entoure avec bienveillance et attention, s'applique aussi aux personnages. Le film prend le temps d'observer ces protagonistes. Ne dévoilant jamais purement les choses. Elle laisse le spectateur deviner une cécité, ou découvrir les causes de tel ou tel choix, ou simplement de la mort. Jamais il n'est sente cieux, Naomi Kawase raconte une histoire mais nous laisse créer ce qui l'entoure.
Jamais elle ne tranche sur la question centrale comment est-ce
que l'on trouve le bonheur?
Jeanne
crois que c'est grâce à vision qu'elle retrouvera le bonheur. Elle
croit en cette fleur d'une manière quasi magique, tout en s'appuyant
de manière cartésienne sur les éléments qui l'entourent. De
l'autre coté il y a Tomo qui croit que le bonheur est dans le
quotidien, dans ce que l'on vit et que l'on ressent . Le bonheur
s'enracine dans le présent.
Ces
positionnements sont à l'origine de l'aura mystique, philosophique,
quasi religieuse de ce film. Avec en ligne de mire, un Graal, un
espèce de Nirvana, où on ne serait plus fatigué par ce qui nous entoure;où on ne sentirait plus la douleur du chagrin.
Il y
a visuellement des plans qui nous ramène à des éléments
religieux. La manière de filmer ce tunnel sombre, dans des
plans noirs et verts aussi interpellant que fascinant, mais aussi un
personnage millénaire et tant d'autres choses complexes dont les
chiffres premiers.
Faire
se rencontrer les deux visions, par leurs incarnations, les voire se
rapprocher, s'unir c'est presque créer une troisième voie qui
unirait les deux paradigmes d'une même réalité.
Je vous le disais ce film est très riche et ne s'interdit rien. Et tout cela prend vie
dans le terreau fertile qu'est cette foret vibrante et de ses
changements saisonniers. Et c'est un régal pour les yeux. De
nombreux plans sont beaux comme des peintures. Les couleurs vibrantes
des plans de la foret dont le chaleureux rouge de certains arbres
semblent l'incendier ou encore toutes les scènes autour
de Ko, ce magnifique chien qui est un crush magistral pour moi.
Sans
pour autant oublier des touches d'humour qui passe majoritairement
par la forme dans ce film, ce qui est difficile à décrire mais qui
est toujours bienvenu.
Ce
film est incarné par des acteurs talentueux, dont deux monstres
sacrés.
Juliette
Binoche est Jeanne. Elle est sublimement filmée par Naomi Kawase qui
sait mettre en valeur son regard triste. Mais aussi et c'est assez
rare pour le remarquer, filmer son actrice avec un maquillage quasi
inexistant et pour autant la magnifiant à chaque instant. Elle
arrive à la faire appartenir à cette foret de manière très différente de Tomo cependant. Mon seul bémol est sa manière
De
l'autre coté il y a Masatoshi Nagase qui incarne Tomo. Il est
évident pour ceux qui lisent régulièrement ce blog que c'est un
acteur que j'apprécie beaucoup et que le duo avec Naomi Kawase m’entraînera en salle à la prochaine occasion. Là tout se joue sur
son charisme. Si vous n'appréciez pas l'acteur passez votre chemin.
Il est silencieux, mais débordant d'humanité et de bienveillance.
Il est mystérieux, et pourtant toujours là pour aider. Ce
personnage est profondément humain et le tout en un minimum de mots.
C'est de l'acting à l'état pur, et c'est assez bluffant.
Au
milieu des deux Takanori Iwata, qui tient fièrement sa place et
forme un duo qui fonctionne divinement avec masatoshi Nagase et un
peu plus difficilement avec Juliette Binoche. Sa prestation n'a pas
du être facile, et pourtant il est lumineux et tout à fait à sa
place.
Je
finirai par souligner la présence Mari Natsuki dans le rôle d'Aki.
Elle est une déesse qu'il est difficile d'appréhender en quelques
mots.
Je
ne vais pas vous mentir ce film est difficile. C'est probablement
l'un des plus complexes de la cinéaste. Il est à la fois un
manifeste de son cinéma, et la quette mystique d'une artiste. Il est
probablement un tournant de son cinéma amorçait avec la Foret de
Mogari. Car bien que ces films soient différents sur le fond,
il est difficile de ne pas les rapprocher sur la forme. Donc si vous
aimez l'artiste, laissez vous happer par ce film
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