Les 14 Amazones

by - mai 09, 2018



La « Shaw Brothers » est un studio mythique du cinéma hongkongais qui fut et qui reste encore une affaire de famille, plus précisément, une histoire de frères. Ils distribuent ainsi des films muets, avant d'étendre peu à peu leur influence, vers la Malaisie, puis vers toutes l'Asie du Sud-Est. Hélas la seconde guerre mondiale et l'occupation japonaise tuèrent dans l’œuf toute expansion d'une industrie cinématographique chinoise, sauf que les frères Shaw furent prévoyant, en mettant suffisamment d'argent pour recommencer leur activité à Hong-Kong. Et c'est ainsi que fort d'une concurrence acharné, que les frères crées sur près de 46 hectares tous ce qu'il faut pour produire de A à Z un film, la « Shaw Brothers » était né !

C'est au travers du cinéma de Quentin Tarantino que j'ai appris l'existence de ce studio. Car lors de la sortie de son film « Kill Bill », il a dit plus d'une fois, lors de la promotion du film, avoir été influencé par les pratiques de ce studio, mais aussi par les nombreux films qu'il a produit. Et c'est ainsi que l'on retrouve dans le diptyque « Kill Bill » un acteur de la trempe de Gordon Liu, acteur habitué des films de l'illustre Liu Chia-Liang, dans deux rôles distinct, dont un (Pai Mei) semble tout droit sortie du cinéma de la « Shaw Brothers ». Et c'est un chose qui m'a gêné lorsque j'ai découvert « Les 14 Amazones », parce que j'avais en tête la vision de QT et qu'au final la « Shaw Brothers » c'est bien plus qu'un moine à cheveux long et grande moustaches.


« Trahis par un ministre véreux, les célèbres guerriers chinois de la famille Yang sont anéantis par l'armée du Roi du Hsia de l'Ouest. Deux généraux ayant échappé au massacre annoncent la terrible nouvelle aux 14 veuves et filles Yang dirigées par la Grande Dame She Tai Chun. Profondément attristées mais également révoltées, les Amazones sont déterminées à partir sur le front pour défendre leur pays et venger les membres de leur famille, avec une nouvelle armée composée essentiellement de femmes. »

Ce que j'aime avec le cinéma asiatique, qu'il soit chinois, hongkongais, thailandais ou japonais, c'est qu'a contrario de la production française, il n'en oublie pas ses traditions et il y plonge allègrement dedans pour sortir des films inspirés de vieux récits, ancrés dans son histoire. Ce film réalisé par Cheng Kang s'inspire des différents écrits relatant les exploits des généraux de la famille Yang pendant le règne de la dynastie des Song. Une mythologie propre à la Chine que le film nous fait découvrir, par le prisme de cette histoire de femmes, prêtent à tout pour venger leurs maris et protéger leur pays.


Le scénario est écrit par Cheng Kang et se concentre sur la vengeance de ce clan de femmes, qui désormais doivent faire sans leurs maris. Même si nous les découvrons lors d'une réception, l'histoire ne laisse jamais penser qu'elles étaient que de simples femmes aux foyers. Si elles sont garantes de leurs maisons, et des traditions, elles sont également proactives et les personnages principaux; par exemple elles n'hésitent pas une seule seconde à se lancer aux trousses des personnes ayant tué leurs maris. C'est ainsi que tout le clan s'engage dans une campagne à l'avenir incertain, avec la vengeance comme leitmotive chevillé au corps. Mais ce n'est pas seulement ça, car derrière des thèmes comme la filiation, l'héritage, l'amour, le sacrifice ou encore la vengeance, il se cache un récit puissamment féministe, ou les femmes ne sont plus les faire valoir des hommes, mais bel et bien leurs égaux. Une égalité qu'on ne leur donne pas mais qu'elles prennent, avec détermination et beaucoup d'audace, affirmant à une audience médusée qu'elles iront jusqu'au bout.


Elles compensent ainsi le nombre par la ruse, la force par la stratégie et la faiblesse par une implacable ténacité et c'est cette détermination sans faille, qui fait toute la beauté de ce récit. Une opposition de style qui se retrouve dans la narration, d'un coté les hommes du « King of Asia Hsia » seulement définis par leur « pedigree » (roi, prince 1, 2, 3 ... » faisant d'eux des personnages violents et complètement déshumanisés, alors qu'a contrario nous connaissons les noms et prénoms des différentes femmes s'engageant auprès de Mu Kuei Ying, de ceux qui les animent et qui les lient. Le poids de la dramaturgie est alors porté par les femmes du récit, par leurs dévouements, marquant de leurs empreintes une histoire pleines de rebondissements et d'actions.

Si l'histoire est intéressante, dans sa construction et dans ce qu'elle dit, elle est aussi mis en image avec une grande habileté par Cheng Kang qui nous délivre un film où l'on ne s'ennuie jamais. Alors soit il y a beaucoup trop de personnages pour qu'ils soient tous développés avec soin, ou encore un moment totalement « WTF », mais à part ça, c'est un spectacle total. On alterne entre les extérieurs et des décors plateaux somptueux. Ils sont colorés, riches en détails et majestueux, des qualificatifs que l'on peut reprendre sans mal pour l'ensemble des costumes de ce film. Et c'est ainsi que le réalisateur nous gratifie de belles batailles, avec leurs lots de figurants, de morts sanglantes et d'affrontements épiques, dont seul le cinéma asiatique à le secret, jusqu'au climax de fin épique à souhait ! Le casting qui est presque exclusivement féminin se débrouille à merveille, avec en tête Ivi Ling Po ou encore ma préféré, Lisa Lu dans le rôle de l’irremplaçable « The Great Grand Mother » ...

Les 14 Amazones - 27 Juillet 1972 - Réalisé par Cheng Kang

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