Elevé dans une famille d'accueil un enfant difficile de la ville va vivre un nouveau départ dans la campagne Néo-Zélandaise. Il se re...

Hunt for the Wilderpeople

00:07:00 Inglourious Cinéma 0 Comments


Elevé dans une famille d'accueil un enfant difficile de la ville va vivre un nouveau départ dans la campagne Néo-Zélandaise. Il se retrouve chez une famille d'accueil aimante, quand une tragédie survient le jeune garçon et Hec, l'oncle de sa nouvelle famille, s'enfuient dans le Bush. Ces nouveaux hors-la-loi vont devoir faire équipe...
Hunt for the Wilderpeople réalisé par Taika Waititi

Sans faire énormément de bruit, peu à peu le néo-zélandais Taika Waititi se pose comme un réalisateur qui compte dans le paysage du cinéma. Comme bon nombre de réalisateur, il commence avec des courts-métrages dont « Two cars, One Night » qui lui valu une nomination en 2005 pour l'Oscar du Meilleur court-métrage avant d’enchaîner par son premier long métrage « Eagle vs Shark » en 2007, suivi de « Boy » en 2010 avant de recevoir un accueil unanime pour son hilarant mockumentaire « What We do In The Shadow ». Cette année arrive sa première grosse production, avec le troisième volet de la saga Thor et qui s'intitule « Thor: Ragnarok ». Un film qui pourrait le faire définitivement exploser à la face du monde et lui permettre de sortir enfin dans nos contrées certain de ces films, comme un certain « Hunt for the Wilderpeople ».

Ricky Baker est un jeune garçon de treize ans comme les autres … Enfin pas tout à fait ! Ricky n'a plus sa mère, ni son père et il est ainsi ballotté de foyer en foyer, se forgeant une réputation d'enfant ingérable. Il le sait, l'assistante sociale le sait et sa nouvelle famille aussi. Malgré tout ce passif encombrant et le manque de tact de l'aide à l'enfance, il est accueilli à bras ouvert par Bella, sa nouvelle « tante ». Une femme au grand cœur qui traite Ricky avec beaucoup d'attention et d'affection, mais le jeune Baker est assez rétif à toute preuve d'amour. Une barrière qu'elle baissera peu à peu, jusqu'à avoir une relation de confiance avec lui. Hélas, le sort s'acharne; alors qu'il était bien dans cette famille (même si « l'oncle hector», le mari de Bella grogne à chaque fois qu'il le vois) il doit faire face au décès soudain de Bella. Une tragédie pour l'Oncle Hec et Ricky, dont les cœurs emplis de tristesse doivent composer avec les services de l'aide à l'enfance, qui annonce qu'ils vont revenir chercher le petit Baker pour le placer ailleurs suite au décès de Bella. Le garçon sait très bien ce qui l'attend et il préfère prendre la tangente, avec ses affaires, son chien et des provisions pour échapper a ce que lui réserve la société. Très vite accompagné de l'oncle hector, cette fuite en avant va faire souffler un vent de contestation au pays du long nuage blanc.

Au final c'est comme je pouvais l'imaginer, c'est un film d'une grande qualité qui surprend tout autant sur le fond que la forme. Cette adaptation du roman « Wild Pork and Watercress » écrit par Barry Crump et réaliser par Taika Waititi s'inscrit dans la veine d'un grand nombre de films pour enfants des années 80/90. Des films qui conjugaient habilement entertainment et un fond à même d'interpeller le jeune public sans l'abrutir et ça le film de Waititi le fait avec bienveillance.

Adaptation oblige, le réalisateur conserve la structure en chapitre qui rythme l’œuvre originale, mais ce n'est en aucun cas un frein car c'est d'une fluidité à toute épreuve et que l'on ne ressent jamais cet aspect. Ce qui donne sans en avoir l'air une histoire proche du folklore maori, de la littérature orale et plus particulièrement des contes et légendes, avec ici comme narrateur un jeune garçon de 13 ans. Un enfant maori à l'imagination débordante qui entre un soupçon de surréalisme et d'exagération entretient sa propre légende qui se forge au fil de l'intrigue. Cependant ce n'est pas qu'un récit plein d'humour, d'aventure, de drame et de tendresse, c'est aussi un récit intergénérationnel entre deux bras cassés, deux exclus de la société, qui vont au contact de l'autre, combler leurs propres manques. Ricky découvre enfin des adultes qui veulent de lui, qui lui offrent un toit, de l'amour, la sensation de compter et surtout. Il trouve une figure paternelle (Hec) qui va le guider, le former et lui apprendre les techniques (The Knack) pour se débrouiller dans la vie. L'oncle Hector (Hec) vie un deuil difficile après la mort brutale de sa femme, mais il retrouve au contact de Ricky l'envie de vivre. Une humanité qu'il croyait avoir perdu et que Ricky lui ramène, perçant la carapace qu'il s'était forgé.

Une histoire à la tendresse infinie qui dresse d'un autre coté une critique de la Nouvelle Zélande et sur les discriminations des minorités dont les Maoris sont victimes. Des les premières minutes du film, Taika Waititi nous met face au malaise du personnage principal. Ce jeune Maori que certains qualifieraient de difficile est devenu un poids pour les services de l'enfance. L'assistante sociale qui à sa charge dresse un portrait bien peu flatteur de Ricky a sa nouvelle famille et elle lui expose clairement la situation « Personne d'autre ne veut de toi ». Un rejet qui fait mal et qui montre de facto la mise à la marge des Maoris dans la société Néo-zélandaise. Le seul choix qui s'impose à Ricky est de s'adapter à sa nouvelle famille ou d'aller dans une prison pour jeune. Une hostilité qui forge le tempérament de notre jeune héros qui ne peut compter que sur lui au début et qui répond à ce monde qui ne veut pas lui comme on le traite, avec méfiance. Une critique qui finit quand même sur une note d'espoir, pleine de promesse et d'une grande solidarité.

Sur son précédent film « What we do in the shadow » qu'il co-écrit et co-réalise avec Jemaine Clement, le réalisateur T. Waititi nous montrait son aisance avec l'humour, avec un sens du timing comique assez dévastateur. Mais ici on est plus dans le faux documentaire, le cadre se fait plus précis, plus fluide et surtout il garde cette approche intimiste ; à hauteur d'hommes que l'on retrouve dans « Boy ». Le réalisateur magnifie ainsi les paysages néo-zélandais (Le bush) à la manière d'un autre célèbre néo-zélandais par d'élégant et majestueux plans aériens, contrepoint parfait aux péripéties de notre duo. Des instants suspendu dans le temps, qui contraste avec l’énergie que Waititi impulse tout au long du film et surtout du rythme qu'il assure par un montage efficace. En résulte un équilibre extrêmement plaisant, que le réalisateur dose à merveille entre les genres, ça alterne aisément entre drame, humour, aventure et action, le tout ponctué de références savoureuses et de dialogues qui font mouches ; jusqu'au climax de fin, qui toute proportions gardées est certainement plus spectaculaire que celui de « Assassin's Creed » réalisé par Justin Kurzel.

Quant au casting il est juste génial. Oui le mot est lancée, mais c'est particulièrement vrai, surtout que personne ne prend le pas sur l'autre. Chaque personnage a sa place et a son moment pour exister. On commence par le caméo du réalisateur Taika Waititi hilarant en prêtre au sermon particulier, puis on retrouve Rhys Darby dans le rôle de l'illuminé Psycho Sam, un survivaliste paranoïaque qui a le cœur sur la main, surtout si c'est pour aller contre l'ordre établi. Rima te Wiata joue Bella, la nouvelle « Tante » de Ricky. Une actrice surprenante pour un rôle qui n'hésite pas à aller contre les poncifs habituels. Elle a du caractère, elle ne manque pas d'humour ni de cet esprit aventureux qui parcours le film. Rachel House que vous pouvez trouver dans « Vaiana » en V.O dans le rôle de la grand-mère ou dans les précédents films de Waititi, elle joue l'impétueuse Paula ! Une agent de l'aide à l'enfance à mi chemin entre l'assistante sociale et un US Marshall interprété par Tommy Lee Jones. C'est une antagoniste de premier ordre qui est aussi terrifiante que particulièrement ridicule des qu'il s'agit de prouver qu'elle aime les enfants. Une chose que ne reniera jamais Sam Neill, il aime les enfants, même si il essaye de nous faire croire le contraire avec le rôle de l'oncle hector. C'est avec beaucoup de sensibilité et de tact qu'il nous rend ce vieil acariâtre sympathique et terriblement attachant. A la manière du jeune Julian Dennison qui en une scène nous montre l'étendu de son talent, il est rebelle, drôle et sensible. Une sensibilité qu'il démontrera pendant 1h40 sans jamais se forcer ni se tromper. Une composition pleine d'audace qui rend son personnage instantanément adorable. 

Un excellent film qui mérite son succès et sa réputation !


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