Dreams

by - mai 10, 2019


DREAMS
d'Akira Kurosawa

Parmi les artistes que nous chérissons dans cette maison, il y a Akira Kurosawa.
Si avec le key maker de ce blog nous avons déjà bien écrémé son œuvre, il nous reste encore de nombreux films à découvrir. Au début de notre exploration de son œuvre nous avions acheté le DVD de dreams au détour d'une sorte de vide grenier. Puis nous l'avions gentiment rangé avec nos autres films... et oublié, jusqu'à très récemment.

J'ai l'habitude de pitcher les films que je critique, mais là quand Akira Kurosawa le fait pour moi. J'avoue, je passe mon tour...

«Ce sont huit histoires qui racontent des rêves. Les émotions assoupies de nos cœurs, les espoirs secrets que nous tenons bien cachés en nous, les sombres désirs et les craintes que nous recelons dans un recoin de notre âme, se manifestent avec honnêteté dans nos rêves. Les rêves traduisent ces sentiments et les expriment de façon fantastique dans une forme très libre. Dans ce film, je veux essayer de relever le défi de ces rêves. Certains proviennent de l'enfance, mais il ne sagit pas d'un film autobiographique, plutôt quelque chose d'instinctif» A.K

Ce long métrage se compose donc de huit petits films que l'on appellera courts métrages ou vignettes et qui forment un ensemble cohérent où Akira Kurosawa retrace, ou compulse ses rêves. Ceux qui ont rythmé sa vie. Au cœur de ces petites merveilles, on retrouve une version du réalisateur. Une sorte d'image résiduelle de lui.
Si c'est un portrait de ce qui touche l'homme, c'est aussi le portrait du japon sur cent ans. Les préoccupations qui le traversèrent lui et ses habitants pendant presque un siècle. Cela va d'un héritage riche, les us; les contes, le fantôme des bombes atomiques, et le refuge qu'est la nature

Malgré le chapitrage cette œuvre a une belle homogénéité. Le format 1.85 est constant, accentuant l'aspect fresque de ces rêves, et donnant tout l'espace pour que le spectateur y prennent lui aussi ses marques. Puis il y a l'image sublime d'Akira Kurosawa, ses plans qui ressemblent à des tableaux qui nous parlent autant que n'importe lequel des personnages de ses films. Ils permettent aussi d'implanter des ambiances fortes et enveloppantes par exemple l'ultime vignette laisse le spectateur su une ambiance aussi calme que zen. Il émane une sérénité et un bien être qui vous envahit et perdure longtemps.

Ce long métrage est une œuvre particulière dans la filmographie du maestro, c'est la première fois en quarante cinq ans qu'il signe seul le scénario d'un film qu'il réalise. C'est la première fois qu'il utilise les effets spéciaux. Effets spéciaux où Georges Lucas s'est impliqué, ce qui donne le bellissime les corbeaux. C'est une des histoires qui m'a le plus subjuguée. je ne veux pas trop en parler au cas où vous ne l'ayez pas vu. Mais sans spoiler, je témoignerai de mon bonheur devant le sublime pont de Langlois, reconstitué sous nos yeux. Les couleurs, les formes et les manières d'explorer certaines de des œuvres de Van Gogh.
Si vous me connaissez un peu, si vous nous lisez régulièrement; vous savez à quel point j'aime la peinture et bien qu'autodidacte et ce malgré mes lacunes abyssales. Mais je peux vous parler de l'influence des peintres dans le choix des couleurs d'Akira Kurosawa. 

Ou encore celle de l'oeuvre d'Hokusai et de son fameux manga 36 vues du Mont Fuji, dans le mont Fuji est rouge. La ressemblance avec la peinture originelle est spectaculaire. Et il y a d'autres influences palpables tout le long des vignettes. Ce long métrage est une déclaration d'amour aux peintres et à leurs œuvres, et pas seulement à Vincent Van Gogh
D'autres liens sont tissés entre les huit rêves, il est bon de remarqué qu'une partie des récits , et spécialement ceux consacrés aux bébés Akira s'appuient sur les fêtes et les croyances japonaises. Le premier petit film le soleil sous la pluie, s'appuie sur un conte que l'on raconte aux enfants. C'est la légende du kitsune n'yomeirou
Pour le verger aux pêchers, le réalisateur s'appuie aussi sur l'hina matsuri , la fête des petite fille qui se passe le 3 Mars. C'est un moment de l'année où m'on sort des cartons des poupées qui se transmettent de génération en génération. On les installe sur un meuble mi estrade, mi étagère.
Il y a de nombreux personnages surnaturels , telle la yuki onna, la fée des neiges, dans la tempête de neige, une autre vision d'elle que celle de Kwaidan moins romantique mais toute aussi douce. Dans une veine plus maléfique, on croise les bakemono , les revenants dans le tunnel, et finalement des oni des démons, diables, mauvais esprits, ils ont très mauvaises réputations au Japon dans les démons rugissants.

Il y a aussi une cohérence au niveau des thèmes, et certain d'entre eux sont récurrents.
Le meilleur exemple est le nucléaire. Il est à la croisée des chemins de l'écologie, la guerre, la peur, et l'industrie. C'est un thème qui est présent dans plusieurs films du maestro dont vivre dans la peur dont vous parlera bientôt le key maker.
L'écologie est l'un des sujets qui touche Akira Kurosawa, il revient à plusieurs reprises dans ses huit rêves. Elle est l'une de ses préoccupations et il croit que vivre en accord avec la nature est la solution  de nombreux problèmes.

La dernière partie du film, le village des moulins à eaux, est une sorte d'idéal vers lequel le réalisateur tend du haut des ses 79 ans. De cette vignette se dégage un vrai onirisme, je dirai qu'il est présent dans tout le film mais là il prend toute son ampleur.
Les acteurs sont formidables, prime aux bébés Akira, Mitsunori Isaki et Toshihiko Nakano, ils ont réussi à me mettre les larmes aux yeux en deux minutes.
Akira Terao joue Akira Kurosawa adulte d'une quarantaine d'années. Il est à la fois un vecteur assez transparent pour porter l'histoire et l'incarner; et assez charismatique et sympathique pour que l'on ressente de l'empathie pour lui.
Martin Scorsese est un Van Gogh de luxe et très convaincant
Puis il y a Chishu Ryu qui enchante la fin du film et nous conduit, plein de bienveillance, et sur un rythme improbable vers la fin de la vignette, la fin du long métrage, nous laissant à la fois vibrants et en pleine réflexion.
Je terminerai par deux mots sur l'influence du théâtre No et ses sonorités la première histoire étant celle où le réalisateur lui donne la plus grande visibilité, mais on retrouve son écho dans plusieurs vignettes.

Ce film est incroyablement jubilatoire, il est d'une cohérence quasi improbable, vu que le réalisateur revisite ses rêves et ses cauchemars qui le suivent depuis son enfance. Il est triste de rappeler à la vue de l'oeuvre de Kurosawa, que sans le soutien de Scorsese, Lucas et si la Warner et Spielberg n'avaient pas financer ce projet, ce film n'aurait pas existé.

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