Little Buddha

by - septembre 17, 2017


LITTLE BUDDHA
de Bernardo Bertolucci


Les souvenirs des films sont trompeurs, et j'ai souvent peur de revoir ceux que j'ai aimé jeune adulte ou adolescente. Certains survivent mal à mon évolution, et je me trouve encore plus difficile depuis que j'écris sur ce blog. J'avais gardé un souvenir ému de celui-ci et j'avais peur de le revoir. Mais le maître des clés de ce blog, ne l'avait pas vu. Alors on s'est laissé tenté, et j'avoue que la magie a refait son travail. Différemment de la première fois mais elle était toujours là.

Alors qu'il partage son enseignement avec ses jeunes élèves dans un temple au Bhoutan, Lama Norbu apprend que l'on pense avoir trouvé la réincarnation de son maître le Lama Dorje à Seattle. Il s'embarque avec un jeune moine et rejoint un monastère américain et un moine qui a établi le contacte avec la maman de l'enfant. Il se présente dans la magnifique et majestueuse maison dessinée par le père de famille architecte en vogue. Ils se présentent et expliquent aux parents pourquoi ils sont là. Parents qui ne savent pas trop quoi en penser. En partant ils offrent au petitou, Jesse, l'histoire de Siddhartha et de comment il devint Bouddha? A partir de ce moment le film nous raconte le cheminement de Siddhartha et suit Jesse et ses parents pendant la recherche de la réincarnation de Lama Dorje.

Ce film est malin. Je me souviens que la première fois que je l'ai vu je ne connaissais que peu de choses au Bouddhisme et pourtant j'ai toujours été en mesure de comprendre l'histoire. Chaque moment du film est expliqué avec délicatesse et sans jamais être lourd. Lorsque l'on commence, le Lama Norbu explique aux enfants le principe de la réincarnation. Et si c'est une notion familière, on en découvre son origine. Mais plus encore ici c'est la pierre angulaire du scénario. Jesse est-il ou pas la réincarnation de lama Dorje? Et lorsque les moines expliquent pourquoi ils sont là à ses parents, nous les spectateurs y trouvons de la cohérence. Ce qui n'aurait probablement pas été le cas sans la scène qui précède ce passage.
Ce film est beau, mais l'image n'est pas qu'une belle photographie. Elle habille d'un bleu froid tout ce qui se passe à Seattle. Un bleu froid et sombre. Et de couleurs chaudes orange et jaunes tout ce qui touche à l'histoire de Siddhartha. Ce jaune chaud et lumineux. Ces moments s'alternent dans une partition parfaitement équilibrée. Cette succession forme un tableau splendide et complexe, à l'image de ceux des mandalas. Il y a cependant des limites à cet exercice, car si on est attaché au petit Jesse, tous les passages avec ce filtre bleu deviennent rapidement moins intéressants, on développe moins d’empathie avec ces personnages et il nous reste que les actions qui se passent au Bouthan et ceux de la vie de Siddhartha.

Arrêtons nous cinq minutes sur la manière de filmer Siddhartha. Si lorsque vous cherchez des images sur ce film la majorité des occurrences sont des images de ce personnage, ce n'est pas anodin. Ce sont les moments les plus éclatants, lumineux de ce long métrage. Tout ça est du à son traitement. La lumière a son importance, à la fois chaude et éclatante, elle inonde ce film et contraste violemment avec les filtres bleus. les décors et tout ce qui l’entoure, quelques soit le moment du récit sont étudiés pour souligner sa stature et son aura exceptionnelle. L'une des scène avec un cobra alors que lui est totalement immobile en est le plus parfait exemple. Ensuite les choix sur les costumes ont leur importance. Lorsqu'il est un prince ce sont des étoffes et des parures de bijoux sublimes. Les tissus sont riches en couleurs toutes plus chaudes les unes que les autres et l'or scintille autour de son cou, dans ses cheveux, et a ses poignets.. quand il est un ascète cachectique c'est le choix de sa coiffure qui lui donne une allure et son maintien extraordinaire. Quant à la dernière partie, de sa tenue à son visage tout est lumineux. Siddhartha est interprété par un Keanu Reeves, assez méconnaissable, maigre à l’extrême et aux cheveux longs et bouclés. Sa prestation est unique dans sa carrière. Et il joue dans la douceur pendant tout le film, son charisme et son talent le rende pleinement crédible en tant que divinité en devenir


Ce film, en nous plaçant dans les pas de Jesse, nous raconte son histoire; et nous initie aux rudiments du bouddhisme, sans aucun prosélytisme. Et cette notion d'éducation et de transmission est importante ici. La maman est professeur de mathématique, et coincée dans quelque chose d'assez rigide; le moine qui découvre Jesse est professeur de mathématique et d'astronomie car dans cette philosophie l'un ne va pas sans l'autre, les lamas enseignent à des jeunes moines tous assis en tailleur dans une petite pièce. Cette notion de partage est partout, c'est l'image de Lama Norbu qui raconte l'histoire à Jesse. Et ce n'est pas étonnant car c'est Siddhartha qui après être devenu l’éveillé propagera l'enseignent bouddhiste.

La fin se déroule au Bhoutan. Partie du film qui n'a pas besoin de filtres, et s'habille des couleurs magnifiques de Katmandou. Et un parallèle se fait entre l'architecture de Bodnath qui allie l'eau l'air le feu, et le building gigantesque qu'a construit Dean avec son associé et qui ne trouve personne pour vouloir y habiter. Et apparaît le delta entre les deux sociétés, et l'importance de trouver un point d'équilibre, de trouver sa voie du milieu. Cette partie avec un Dean transformé est l'occasion d'aborder différents thème avec douceur bienveillance et légèreté tel que la mort, la volatilité des choses, et l'aptitude que tout un chacun a à évoluer.
Si je vous ai déjà parlé de l'interprétation de Keanu Reeves, le reste du casting est aussi attachant Chris Isaak est le papa de Jesse, le filtre bleu est juste parfaitement de la couleur de ses yeux. Il se départi assez peu de l'expression de visage qui lui est si caractéristique (mi pensive- mi chien battu). Mais il tient bien son rôle, et est crédible. Jesse prend les trais d' alex wiesendanger, une bouille à bisous ce petit, le lama Norbu est interprété par Ruocheng Ying qui est terriblement attachant.

Ce film est riche et beau.il y a une volonté de partage qui fait du bien. J'aime l'idée que touchés par le projet des lamas aient joué dans ce film. Je le regarderai encore dans quelques mois car je sais que je n'ai sûrement pas tout appréhender. Il est autant un voyage qu'une expérience.

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1 commentaires

  1. Ça me fait plaisir de lire ce petit éloge à ce film, pour lequel je garde aussi un souvenir assez joli, et que je risque de considerer avec le même bienveillance si j'ai l'occasion d'y rejeter un œil. Il faut mentionner le score absolument sublime de Sakamoto.

    E.

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