Au début du siècle dernier, Edith Cushing, une jeune romancière en herbe, vit avec son père Carter Cushing à Buffalo, dans l’État de New ...

Crimson Peak

23:24:00 Inglourious Cinéma 8 Comments


Au début du siècle dernier, Edith Cushing, une jeune romancière en herbe, vit avec son père Carter Cushing à Buffalo, dans l’État de New York. La jeune femme est hantée, au sens propre, par la mort de sa mère. Elle possède le don de communiquer avec les âmes des défunts et reçoit un étrange message de l’au-delà : "Prends garde à Crimson Peak". Une marginale dans la bonne société de la ville de par sa fâcheuse "imagination", Edith est tiraillée entre deux prétendants: son ami d’enfance et le docteur Alan McMichael.

Crimson Peak – 14 Octobre 2015 – Réalisé par Guillermo Del Toro

2015 est une belle année pour le cinéma, de vraies perles sont sorties et d'autres vont encore arriver. Et me concernant j'ai enfin vu le film que j'attendais le plus cette année,le nouveau film de mon réalisateur préféré, la romance gothique de Guillermo Del Toro, l'hypnotisant « Crimson Peak » ! Un film qui arrive deux ans après l'immense (Au propre comme au figuré) « Pacific Rim » avec la même fibre artistique, créatrice et radicale qui l'anime depuis toujours. Son film sera à son image, généreux, sans concession et bizarre …

Si il n'aura mis que deux ans après Pacific Rim pour réaliser et finaliser Crimson Peak, son développement fut assez long et complexe ! C'est en 2006, tout juste auréolé du succès critique de son film « Le Labyrinthe de Pan » qu'il commence à écrire au coté de Matthew Robbins l'écriture d'un futur film d'horreur et plus précisément d'un film sur une maison hantée. Un genre qu'il affectionne vraiment et qu'il aura esquissé dans ses précédents films. Notamment dans l’Échine du Diable qui de part son décor et son fantôme, se rapproche le plus de ce qu'il écrit. Et sans faire de bruit, la future présidente d'Universal Pictures achète le manuscrit. Rien d'étonnant car depuis longtemps, le studio lui fait les yeux doux, notamment pour revisiter le mythe de « Frankestein ». Une offre alléchante que Del Toro refuse, préférant rester dans le domaine de l'original avec son Crimson Peak ! Sauf qu'entre temps viendront se greffer la galère « Hobbit » et l'imposant « Pacific Rim ». Toutefois après la sortie de ce dernier, le projet refait surface et Guillermo Del Toro repart à l'attaque !!!


« Ghosts are real, that much I know. I've seen them all my life... »

Au siècle dernier vivait une jeune femme à l'imagination prolifique … Cette jeune femme du nom d'Edith Cushing est écrivaine. Son obsession ? Les fantômes qu'elle met en scène dans son dernier manuscrit. Hélas son attrait pour les histoires de revenants lui vaut quelques sarcasmes, de la part de femmes qu'elle côtoie ou encore par son éditeur qui ne jure que par de la « romance ». Une gageure pour cette femme qui tente de se faire une place dans le monde, coincé par une société dominée par les hommes d'un coté et par le père riche industriel de l'autre. Persévérante malgré tout, elle insiste avec son roman ! Ou fois dans l'entreprise de son père, elle décide de le taper pour faire plus « masculin », quand elle tombe sur un aristocrate anglais, l'élégant Thomas Sharpe. Un homme avec de fort belles manières qui lui fera le plus beau des compliments en disant apprécier les histoires de fantômes. Mais lui est là pour affaire, il cherche des investisseurs pour relancer l'affaire familiale et vient tenter sa chance auprès de Carter Cushing.

Si Sir Thomas Sharpe manie le verbe avec élégance, son entretien auprès de Cushing se soldera par un échec! Sauf pour Edith qui n'a d'yeux que pour lui, une passion naissante que semble lui rendre cet aristocrate. Un véritable conte de fées ! Pourtant tout le monde ne voit pas ça du même œil, son père, ses proches ou encore la sœur de Thomas, Lucille Sharpe. Une histoire qui s'inscrira par le sang et ou le passé viendra les hanter ….

« Where I come from, ghosts are not to be taken lightly »

La littérature gothique, les films de Mario Bava, ceux de la Hammer ou encore le cinéma d'horreur sont des domaines qui me sont en grandes parties inconnues, je ne les connais que de nom et l'horreur en général est un genre que je n'apprécie que modérément, si bien que lors de ma découverte de « Crimson Peak » j'étais légèrement anxieux … Mais Guillermo Del Toro étant ce qu'il est c'est à dire un cinéaste plein de surprise, mes craintes ce sont vites envolées car ce qui était vendu comme un film d'horreur, n'était qu'une « romance gothique ». Un genre littéraire anglais qui à connu ces heures de gloires aux XVIII ème siècle avec des auteurs comme Ann Radcliffe et Mary Shelley. On y retrouve des lieux communs comme les cimetières, les églises, des châteaux ou encore des maisons hantées (Allerdale Hall) ou peuvent ainsi déambuler moult personnages, comme des démons, une belle, une bête et parfois des fantômes. Un sujet qu'il maîtrise sur le bout des doigts et dont il déroule les codes avec minutie pour nous conter une histoire certes classiques dans son déroulement mais dont l'iconographie apporte une profondeur inouïe à l'ensemble du film.


Un paramètre d'une importance capitale que l'on retrouve dans tous ses films. Par exemple son précédent « Pacific Rim » se lisait aussi bien grâce aux dialogues qu'aux visuels extrêmements denses. Et c'est ce qui fait toute la singularité des œuvres de Del Toro car peut importe le film qu'il réalise, vous y trouverez toujours des récurrences dans les thèmes qu'il aborde et les symboles qu'il utilise, comme les insectes, les papillons ou encore pour les mécanismes et ce « Crimson Peak » qui n'échappe pas à cela !

Des le début le film est marqué par les couleurs franches et la photographie de Dan Laustsen ! Chef op de talent (Silent Hill) qui retrouve Del Toro, dix huit ans après « Mimic ». Loin de l'extravagance de son précédent film, la palette de couleurs ne manque pas de contraste et traduit à merveilles les différentes étapes du récit ! Un pied en Amérique, industriel et moderne ou le travail est valorisé, symbolisé par une large gamme de couleurs autour du jaune, de l'or, de l'ambré ou encore de l'orange. Un pied dans la vieille Angleterre, morne et triste, qui ne se repose que sur son patrimoine, ses privilèges, ses acquis. Ce qui est symbolisé par le bleu et ses nombreux dégradés en plus du noir, du gris et du marron foncé. Et au milieu de cet ensemble harmonieux, on trouve les personnages (Lucille et Thomas Sharpe, Edith Cushing), des archétypes certes mais dont la complexité se dévoile au fur et mesure qu'évolue l'histoire. Caractérisé par trois couleurs, le blanc (Edith), le noir (Thomas) et le rouge (Lucille), cette dernière étant aussi réservé aux fantômes.

Un éventail de couleurs qui n'est pas choisi au hasard et qui habille avec goût les différents décors et costumes du films. En cela le travail de Kate Hawley sur les tenues des interprètes est aussi réfléchi que la palette de couleurs du film. Toutes les tenus d'Edith sont amples, légères et confortables, preuve de son rang social, du modernisme et l'opulence de la société américaine; tout le contraire des tenues de Thomas, belles mais usées ou celles de Lucille, magnifiques mais tellement étriquées …


A l'image du délabrement de la vieille demeure familiale ! « Allerdale Hall » perdue dans la lande anglaise, fière et vaillante dont l'apparence trahit un riche passé … Une demeure de style gothique qui fut entièrement construite pour les besoins du film. Un luxe que se permet Del Toro pour mieux nous impressionner et nous immerger dans son histoire. Avec en amont un travail de préparation méticuleux, dans l'aménagement de la maison, du choix des matériaux, de leurs textures et sur la façon dont il allait tourner chaque scène. Pour un résultat somptueux, immersifs à souhait, complètement fonctionnel dont chaque craquement, coup de vent ou porte qui grince donne l'impression d'un entité qui vie ! Et ce n'est pas le premier plan de l'arrivé d'Edith dans le manoir qui dira le contraire tant le hall ressemble a un crane humain ….

Une maison qui n'est pas qu'un simple décor ! Elle craque, respire, bouge, s'effrite … L'héritage des Sharpe vie au sens propre du terme et c'est là que doit se terminer ce « conte de fées » ! Dans le sang, l'horreur et la violence ! Symbolisé exclusivement pas la couleur rouge, elle n'habille cependant que quelques éléments, Lucille quand elle se trouve en Amérique, les fantômes de Allerdale Hall et bien évidemment l'argile !!!

Leurs points communs à tous les trois c'est la violence qui les uni ainsi que leurs places respectives à représenter le « passé ». Un héritage qui pèse lourd, d'un coté la maison et les dépendances, les titres, le prestige d'un nom, de l'autre une famille sans amour ou les seules démonstrations d'affection sont les coups. Une vie qui fera de la fratrie Sharpe ceux qu'ils sont à ce jour, un foyer qui se raccroche aux branches d'un passé illustre. Centrés autour d'une Lucille Sharpe cruelle et pragmatique. Une mère de substitution qui n'hésite pas a faire le pire pour maintenir un « semblant » d'unité, en tuant et en perpétuant ce cycle de violence sans fin dont seul la destruction annoncée d'Allerdale Hall peut y mettre un terme.

Progressivement le passé agonise, les murs suintent de l'argile, la maison saigne littéralement de l'argile pendant que les spectres déambulent dans ces couloirs, comme un rappel aux Sharpe de leurs agissements mais aussi comme un avertissement à quiconque franchira ces murs ! Et c'est inscrit même sur le blason à l'entrée du domaine en latin « Mors vincit omnia », la Mort gagne toujours, un épitaphe plein de sens et significatif, que l'on trouve souvent sur des pierres tombales, ce qui résume à lui seul le film ...


La couleur rouge, avec la couleur blanche et noire sont aussi des couleurs liés à l'alchimie et a la création de la pierre philosophale. Chaque couleur représentant alors les étapes de sa fabrication qui sont au nombre de 3. Un chemin qui est aussi psychique selon Jung, car l’œuvre alchimique est indissociable de la propre transformation de celui qui la réalise. Devenant ainsi un chemin intérieur à accomplir pour devenir symboliquement « la Pierre philosophale ».

C'est trois couleurs sont attachées aux trois protagonistes principaux ! Le rouge c'est Lucille, le noir Thomas et le blanc Edith. Ils sont tous les trois, les éléments de leurs propres changements. Ce qui ne se fait pas sans mal car le chemin est long voire mortel pour certains d'entre eux. Une difficulté qui prend tout son sens dans la sublime scène de la valse. Les personnages principaux sont tous là, Lucille veille sur Thomas d'un œil, comme la belle Edith qu'elle ne semble pas aimer ; pendant que Thomas joue sa place dans la société tout en séduisant Mrs Cushing ; tandis qu'Edith défie ouvertement son père en même temps qu'elle découvre l'amour sur le tempo d'une valse. Le point de départ d'une évolution personnelle à chacun d'eux, dictées par des actes et des décisions courageuses. Lors d'un parcours semé d’embûches, d'amour et de mort, de tromperie et de sincérité. Des sentiments aussi extrême que complémentaire qui les fera changer, transformant ainsi leur passé pour atteindre une étape supérieure, aussi bien physique que spirituelle ….

Et c'est de ces personnages hautement complexes que Guillermo Del Toro tirera toutes l'émotion qui parcours son récit. Ou la musique composée par Fernando Velasquez complète a merveille l'impeccable photographie dont bénéficie le film ; amplifiant par la même occasion toute l'ambivalence des personnages. Le rouge du courage, mais aussi de l'orgueil et de la cruauté qui anime Lucille Sharpe ; puis le noir cher à Thomas qui symbolise aussi bien la mort que l'humilité et la patience, alors qu'Edith avec le jaune et le blanc fait s'opposer richesse et envie, pureté et mort. Sur un ton presque mélancolique, la caméra se déplace avec beaucoup de grâce et de précision, changeant de cadre comme d'ambiance avec aisance ou l'on peu ainsi passer d'un pièce longue et accueillant a une pièce exiguë a l'atmosphère oppressante. Des ruptures de tons bien placés jusqu'à un climax final à l'intensité dramatique tétanisante ! Ou la passion éclate enfin dans un tourbillons de violence salvatrice et ou les cœurs mis a nu se livrent dans le plus simple appareil !

Pour cela il fallait un casting à la hauteur des personnages ! Un casting composé de Mia Wasikowska, de Jessica Chastain et de Tom Hiddleston. Un acteur et deux actrices de grands talents qui arrivent à passer derrière leurs personnages pour mieux en faire ressortir les différentes traits de caractères. Mia Wasikowska qui se glisse dans les robes de Edith Cushing apporte énormément à son personnage de par sa présence, elle incarne à merveille l'innocence, la spontanéité et la richesse d'esprit ! Car malgré le confort d'une demeure cossue on décèle très vite cette envie de découvrir les affres de la vie, l'amour et paradoxalement de la mort, une curiosité qu'amène Mia Wasikowska avec beaucoup d’énergie et de fougue. Cette Mary Shelley en puissance trouve en Tom Hiddleston le partenaire idéal ! Cet anglais de naissance plus connu pour son rôle de Loki, apporte beaucoup de raffinement a son personnage ainsi qu'un charme indéniable preuves de ses attentes et de son rang de noble, auxquels il ajoute une retenue toute aristocratique qui donne un surplus de mystères, sur ses passions, sur son passé et sur lui même … Ce qui contraste avec Lady Lucille «Jessica Chastain » Sharpe, la sœur de Thomas et la « mère » de la famille Sharpe ! Un personnage dessiné par la violence des son plus jeune age, dont la seule issue fut le meurtre, pour elle et pour son frère ! Unissant dans le sang le seul amour qu'elle à connu, c'est a dire celui de son frère. Ce qui explique l’extrême possessivité de Lucille, sa colère et sa haine envers ceux qui se dresseront contre elle. Jessica Chastain livre ici sa performance à mon humble avis, la plus difficile et certainement la meilleure, pleine de nuance, de courage, d'émotion et de cruauté …

Del Toro délivre une émouvante romance ou la souffrance devient passion ! 
.... Beau, sanglant et radical ...

8 commentaires:

  1. C'est rigolo mon ami car je publie la mienne demain! :D Del Toro s'autocite avec beauté dans un film d'ambiance superbe, terriblement romantique (la scène du bal) et très bien joué. Deux petits bémols tout de même: une trop grande prévisibilité et des jump scares envahissants.

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    1. Il ne fait pas que cela ...
      C'est aussi un magnifique tableau vivant dont une vision ne peut suffire pour en saisir les nuances et détails.

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    2. Malheureusement ses défauts risquent de s'intensifier au fil du temps, comparé à ses autres films. Les jump scares sont par ex trop présent et le film trop prévisible. C'est ce qui l'empêche d'être vraiment grandiose à mon sens.

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    3. Je ne pense pas, sauf si l'on s'arrete à la surface ...

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  2. J'avoue être autrement plus impressionné par cette lecture experte et détaillée que par ce film qui aurait gagné, à mon goût, à être un peu plus incarné. Je garde néanmoins toutes ces idées (les pistes alchimiques notamment) dans un coin pas trop poussiéreux de mon cerveau à l'occasion d'une nouvelle visite de cette demeure en ruine.

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    1. Je comprends tes remarques que j'ai déjà lu plus d'une fois ailleurs ! C'est à mon humble avis la plus grande qualité de Del Toro, avoir une telle fois dans son film qu'il laisse parfois les gens qui ne seraient pas réceptif. Et Je te remercie pour le compliment sur ma critique.

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  3. Un film d’horreur prenant, que j’ai visionné quand j’étais seul à la maison. J’ai sursauté à de nombreuses reprises.

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    1. Un film avec une ambiance horrifique de grande qualité !

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