Sicario

by - juillet 24, 2018



Depuis ses débuts et la réalisation en 1998 de son premier long-métrage « Un 32 Août sur Terre », Denis Villeneuve connaît une carrière fulgurante. On ne compte plus les passages de ses films dans les grands festivals, comme Toronto, Sundance, Venise ou encore Cannes. Et loin de s’arrêter au monde du film indépendant, il entame une carrière à Hollywood avec la même réussite, en commençant par « Prisoners », suivi de « Enemy », puis par de la SF avec « Arrival » et enfin la suite qu'est « Blade Runner 2049 ». Et jusque là, il ne m'a pas vraiment convaincu, que cela soit avec « Prisoners » ou avec l’assommante expérience que fut la suite de « Blade Runner ». Enfin ça, c'était avant de voir « Sicario », qui lui, m'a agréablement surpris.

« La zone frontalière entre les Etats-Unis et le Mexique est devenue un territoire de non-droit. Kate, une jeune recrue idéaliste du FBI, y est enrôlée pour aider un groupe d’intervention d’élite dirigé par un agent du gouvernement dans la lutte contre le trafic de drogues. Menée par un consultant énigmatique, l'équipe se lance dans un périple clandestin, obligeant Kate à remettre en question ses convictions pour pouvoir survivre. »

Les deux arguments qui m'ont poussé a regarder ce film, sont la présence d'Emily Blunt au générique, excellente actrice que l'on a pu voir dans « l'Agence », « Looper » ou encore tout récemment « A Quiet Place » et la présence du scénariste Taylor Sheridan qui m'avait conquis avec son scénario dans « Comancheria ». De plus l'insistance avec laquelle Denis Villeneuve souligné qu'il tenait à avoir une femme pour le rôle de « Kate » (Interprétée par Emily Blunt) me faisait pensé que le film avait des choses à dire. Et dans l'ensemble, il fait pas mal de choses ce film, meme si il en rate quelques unes …


L'histoire est écrite par Taylor Sheridan que j'ai découvert avec son travail sur « Comancheria » (Un film que je vous recommande fortement) pour lequel il avait signé un scénario d'une grande qualité ! Ou deux frères devaient lutter pour empêcher la saisie immobiliere de la propriété de leurs parents qu'ils avaient hérité. Et on retrouve ici ce qui fera l'adn de « Comancheria », un film documenté, choc, radical et sans filtre, où l'on suit les déboires de trois personnages au Mexique et à sa frontière, dans le milieu des cartels et de la drogue. Où très vite le personnage de Kate, observatrice avisée laisse sa place au « Sicario », qui suit la seule voie qu'on lui a donné celle de la vengeance et du sang.

Un thème qui rappelle en partie celui de « Prisoners » et le personnage interpréter par Hugh Jackman, qui était prisonnier de la vengeance qu'il menait. Alejandro (Le Sicario) n'a pas toute a fait la même problématique, car le contexte est différent, cela ne se passe pas dans le même monde. La vengeance l'anime, mais c'est aussi son moteur face à un monde remplis de « Loups », se posant ainsi en opposition avec Kate qui ne voit pas la vie de la même façon. Est ce que l'on doit accepter tous les sacrifices? Est ce que l'on doit s'adapter à tout prix au risque de se perdre? Des questions qui animent nos personnages, pour lesquelles Denis Villeneuve ne tranche pas, nous laissant alors comme ses personnages, seul pour faire notre propre choix.



La réalisation de Denis Villeneuve est à la hauteur de l'histoire, nous livrant avec suffisamment de talent un film à l'atmosphère poisseuse, où chaque image semble penser pour nous entraîner peu à peu dans l'enfer des cartels mexicains. Des le départ, Denis Villeneuve sort très certainement le moment choc du film, la scène de la « Death House » ou le FBI découvre une maison ou les murs sont remplis de cadavres, une pratique des cartels mexicains pour dissimuler les corps après un assassinat. Avec ça le réalisateur donne le « la » d'un film qui va crescendo, ou comme Emily Blunt, on assiste médusé au pire des exactions possibles, avant de basculer dans la vengeance pure et dure, qui fait mal et qui n'épargne personne, femme comme enfant au coté d'Alejandro. Le rythme est maîtrisé, la mise en scène est efficace et économe en effet, préférant le suspense, à l'action et le silence aux grands discours. Et la photographie de Deakins est une nouvelle de plus superbe, il dé-sature les couleurs pour renforcer l'effet de la chaleur mexicaine et contraste suffisamment les noirs pour rendre la nuit aussi noire que les actes que l'on nous montre.

Le casting de ce film est royal et aussi incroyablement talentueux ! Josh Brolin (Matt) joue l'agent de la CIA dans toutes sa splendeur, sarcastique, cynique et vantard, il passe sa vie à manipuler les gens. Un rôle fait pour l'acteur, qui fort d'un charisme ravageur, rajoute à son interprétation une dose de « muscle », qui font de lui un personnage vraiment badass. Benicio Del Toro (Alejandro) c'est mon coup de cœur de ce film, une belle performance, fait de long silence, ou le corps autant que les yeux parlent à la place de l'acteur. Une composition pleine de retenue, qui surprend des qu'il laisse sortir la rage qu'il a en lui. Emily Blunt (Kate) m'a déçu dans ce film, pas par rapport a son interprétation, car je la trouve toujours aussi juste et investie, mais à cause de son rôle qui s'éclipse peu à peu au fur et a mesure que le film passe. On a donc deux Kate, l'une qui ne subit pas les événements et l'autre qui est tous le contraire, faisant d'elle un personnage bien plus fragile que je ne l'aurais cru, faisant d'elle malheureusement un élément secondaire, voire un élément de décors. Puis enfin Daniel Kaluuya (Reggie) dans le rôle du rookie qui se pose comme le garde fou de sa collègue, ingrat, mais essentiel.
Sicario - 7 Octobre 2015 - Réalisé par Denis Villeneuve

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