Le Corbeau

by - mai 11, 2018



LE CORBEAU
d'Henri-Georges Clouzot

Dans une petite ville de province prénommée Saint-Robin, un corbeau fait son apparition. Dans sa ligne de mire un docteur nouvellement arrivé qu'il accuse d’être avorteur. Pourquoi? Car dans les maternités à risque, il favorise toujours plus la femme que l'enfant, puis les lettres prétendent qu'il est l'amant de la femme d'un psychiatre réputé de la commune. Si cet homme n'y croit pas un instant, les autres notables ne sont pas aussi confiants. Jusqu'à ce que le corbeau les accuse eux aussi. Il se met à semer les rumeurs partout provoquant une mort.

Ce film est un film de Clouzot, il est donc un thriller très réussi, mais aussi un témoignage sur la société.
Commençons par le pan thriller qui est si bon qu'il suffirait à lui seul à faire de cette œuvre un excellent film.
L'efficacité du scénario y est pour beaucoup. L'écriture nous fait suivre le docteur Germain, le premier à être ciblé, mais n'hésite pas à faire de nous les témoins de ce qui a été écrit à différentes personnes. On est finalement les principaux destinataires de ces lettres de l'horreur.  Pas de toutes, car à la fin du film on apprend qu'il y a eu plus de cent lettres anonymes envoyées pendant la durée de l'histoire. Ce qui implique qu'il y ait plusieurs corbeaux. Et que quelque soit la solution, que l'on découvrira, ce ne sera qu'une pièce du puzzle.
Le rythme est soutenu, chaque lettre ayant des répercussions qui enrichissent les personnages. Personnages que nous découvrons avec le docteur au fil de l'histoire. Docteur qui n'est pas encore Rémi, et qui reste très mystérieux pendant les trois quarts du film. Jamais on ne crois aux rumeurs d'avorteur, mais on perçoit qu'il cache quelque chose. Chose que je tairai, bien sure.
Ce film fait parti des thrillers que l'on a envie de revoir alors que l'on connaît la solution de l'énigme, tant il paraît évident que ça lecture sera aussi riche et encore plus étonnante à l'aune de ce que l'on saura. Et que le film se réécrira en changeant de point de vue. Et j'avoue que j'ai hâte de le faire, car les souvenirs de cette œuvre revêtent déjà une autre aura.
Nous avons déjà du voir quatre ou cinq films de ce réalisateur à l'heure où j'écris ces mots et nous n'avons pas encore parlé de tous. On voit poindre une signature dans sa manière de filmer. Une gestion incroyable de ses noir et blanc, qui deviennent un vecteur de narration. Une scène incroyable autour d'une ampoule qui se balance est d'une pureté et d'un minimalisme incroyable, tout en illustrant parfaitement le moment du film. Ou cette scène où il filme à travers une ferronnerie Denise et sa nièce. Ce noir et blanc amène son lot de poésie et on n'est pas à l’abri de voir une silhouette à l'écran et pourtant ne la percevoir comme un ange vengeur. L'image est construite avec minutie.

Les acteurs sont plus charismatiques les uns que les autres. Pierre Fresnay qui joue le docteur, est parfait, sombre et taciturne. Pour l'avoir vu dans d'autres films je le trouve plus à son aise dans des jeux avec plus d'humour et d'auto dérision. Mais il est excellent.
J'ai découvert Pierre Larquey réellement dans ce film. Il avait un tout petit rôle dans les Diaboliques. Il est extraordinaire et je pourrais le voir cabotiner pendant des heures.
Ginette Leclerc est typiquement la femme glamour des années 40.
Si le principal thème est celui de l'anonymographie (terme inventé par le criminaliste Edmond Locard dans les années 20) dont je vais parler plus tard. Ce film brasse d'autres sujets, il nous parle aussi de la place des femmes. Et il le fait sans ménagement.
Utilisées, mariées par ce qu'elles ont trop de caractère, répudiées mal aimées, ce sont finalement elles qui occupent tout le film. Elles sont les principales victimes de ce corbeau. La vision de la maternité et de la place qu'elles y jouent est horrifique. La réflexion sur ce que c'est qu'avoir un enfant à la fin, fait mal aux ovaires. Et c'est assez courageux de le montrer en pleine guerre. Et c'est aussi pour ça que l'église s'opposa à ce film.
Tout comme le portrait qu'y est fait de la bourgeoisie influente de ces petites villes,du coté consanguin , et détachés de la réalité d'une partie de ces gens là.
Ce film a été fait alors que la France était occupée par les allemands et produit par une boite allemande qui s'était installée à Paris au début de la guerre. Ce qui valu à ceux qui avaient travaillé sur cette oeuvre, une interdiction à vie de faire du cinéma en France. Interdiction qui fut levée en 1947 par le ministre de la jeunesse des arts et des lettres. Et cependant lorsqu'on voit ce film, c'est un criant pamphlet contre les lettres de délations de l'époque. Habillée par un fait divers qui s'est passé à Tulle pendant la première guerre mondiale.

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