I, Tonya

by - mars 26, 2018


I, TONYA
de Craig Gillespie



Le bon coté d'avoir un peu plus de vingt ans, c'est par exemple, d'avoir un souvenir assez précis de l'époque où se situe le film, et de ce fait divers en lui même. Si je ne sais pas trop comment dans ma famille on en est venu à suivre le patinage, probablement le fait que des olympiades se passent en France. J'avais ce souvenir d'une femme blonde, petite qui avait fait exploser les genoux de sa concurrente qui apparaissait sur nos écrans telle une princesse brune et gracieuse. Sur le papier ce film ne m’intéressait pas, il me restait l'idée d'une compagnie de bras cassés, mais la saison des prix, est passée par là, et la salve des nominations a eu raison de ma non-envie



Tonya est une pauvre petite fille qui rêve de devenir une championne de patinage sur glace. Fin du pitch.
Le scénario s'articule comme un reportage qui serait tourné 20 ans âpres l'affaire. Tonya et son mari racontent leurs souvenirs face caméra,interviennent aussi le meilleur ami de Jeff, et la mère maltraitante de la patineuse. Ceci créé une histoire centrée sur Tonya, et qui rapidement devient un plaidoyer pour elle.
Son personnage est terriblement victimisé. Elle est dans l'ordre , une fille mal aimée par ses parents, mal traitée par sa mère, battue par son mari, boycotté par les juges,et la victime c'est presque plus elle que Nancy Kerrygan. Tout plein de choses qui laissent un goût aigre.

Si je suis pleinement consciente du fait qu'elle est été battue, et qu'elle ce soit battue avec son époux. je ne comprends pas pourquoi le film le prend comme ultime justification à son acte. Ça justifie tout, c'est la seule chose qui est montrée.
Mais ce n'est pas grave car le titre c'est I, Tonya. C'est son point de vue à elle, avec aucun recul et zéro mise en abîme. Elle ne se voit que comme victime.Et c'est sa version des chose que porte le film
Mais la victime ce n'est pas Tonya, c'est Nancy, et elle est complètement oubliée dans le scénario. Elle ne doit pas avoir cinq minutes de présence à l'écran. Et encore la moitié est pour parler d'une grimace qu'elle fait. C'est très gênant. 
De même on ne se positionne pas sur la personnalité de la jeune femme. Question balayée par un «I am a redneck», synonyme de tous les maux dans une Amérique post élection Trump. Si elle fut
une athlète capable de faire un triple saut dans une compétition, elle fut aussi un électron libre sur laquelle il était difficile de compter. Elle a un problème pour gérer la pression des grands rendez-vous, l'échec, ou encore pour suivre tout simplement les règles. Par exemple elle loupa son avion pour arriver aux JO et ne participa pas au défilé d'ouverture de ces derniers. Elle est mi diva-mi dynamite. Mais tout ça est décrit à demi mots, à peine effleuré.  
Est-ce que je crois tout ce qui est dit sur le monde du patinage? Oui totalement. Je me souviens ce qui était reproché à Suria Bonanli, qui elle aussi était capable d’enchaîner les triples. Et je n'ai aucun mal à croire ce qui est retranscrit dans le film. 
Est-ce que ça justifie de péter, les genoux de son amie? Mot que sans vergogne, elle revendique. Est-ce qu'elle est à ce point lésée par la fédération? ou est-ce que ce sont ses non performances qui justifient son classement? Elle se voit comme victime, et ce n'est que sous cet angle qu'est examiné l'histoire. Tant et si bien, que les derniers mots de son ex-mari dans le film, sont encore là pour dire à quel point c'en est une.
Et pour continuer du point de vue de Tonya... 
le film ne se positionnera jamais sur sa part de culpabilité, elle dit que non.... alors pourquoi s'appesantir sur l’enquête. Ce n'est qu'un détail du scénario.
Tout cela me met mal à l'aise, et la réalisation n'aide rien. Elle me fait penser aux pub porno chic. Elle est réfléchie, pensée, parfois jolie. Mais le fond m'exaspère et ce qu'elle sous tend est profondément dérangeant.
Par exemple prenons les formats. En général tout ce qui est l'histoire est filmé en 2.39 mais les pastilles sensées représenter l'interview, qui sont les charnières de son récit; elles sont en 1.66, avec des couleurs presque fades, sans contrastes. L'interview étant censée se dérouler dans les années 2010 , ce choix est étrange. Et j'ai beaucoup de mal à interpréter quel message le réalisateur veut nous passer.
La majorité des images sont belles et biens construites. Mais le choix de couleurs est souvent très particulier, je trouve ça très moche. L'une des scènes qui me semble représentative de ces choix à la fois beaux et avec une laideur intrinsèque est celle ou Jeff et son meilleur ami se retrouve dans un bar à hôtesses. 
Alors eux sont comme d'habitude, la caméra est joliment posée à coté d'eux. ils sont filmés en champs-contre champs. Les couleurs sont sombres et chaudes, des bruns des verts. IL y a de temps en temps une lumière rouge qui éclaire. Une scène de bar pas très originale, mais bien fichue. Mais là, en fond, le corps d'une femme qui se dandine. Un corps absolument pas mis en valeur, enlaidit, et mal filmé, qui se dandine nonchalamment. Il parasite même le discours. Une manière de créer un sous monde. Quelque chose qui ressemblerait au notre, mais avec quelque chose en moins ou en plus qui le rend différent. Un monde différent avec un mode de vie un peu différent qui explique tout et excuse tout. Un peu à la manière de son «I'm a redneck». Ou encore le meilleur ami de Jeff qui est toujours ridiculisé, jamais à son avantage, un sous homme.
J'avais entendu beaucoup de bien sur le montage et les scènes de patinage. Le travail est indéniable. On l'aime où il donne la nausée, mais il et présent. Cependant les fonds verts après chaque séance de patinage, où l'on voit Margot Robbie, sont vraiment loupés. Ils donnent un aspect irréel, à cette prestation.
Parlons un peu des acteurs. Et commençons par Margot Robbie. je trouve que ce n'est pas la meilleure actrice de sa génération. Autant j'ai pu la trouver sympa dans le rôle d'une Harley Quinn punk rock, autant je n'ai pas été forcement séduite dans d'autres films. Là, je ne la trouve pas au niveau. je suis désolée. la scène face à son miroir étant la pire à mon goût. Elle n'est plus crédible non plus en jeune adulte. En plus il y a une volonté de la rendre moins belle. Mais Tonya était
une jolie jeune femme.
Sébastien Stan, est très souvent limite caricatural,  mais il est talentueux, ça glisse, il arrive à tourner les choses à son avantage.
Oscarisée pour ce rôle, Allison Janey , est la mère de Tonya. Si elle est brillante ici, en mère maltraitante, elle est finalement très peu présente.

Ce film m'a fortement déplu. Il est un plaidoyer pour cette femme, qui a fini par dire lors de la promo pour ce film, que oui, elle était peut être un peu au courant de ce qui se tramait. Il est sans nuance, sans réflexion, sans enquête. Mais plus que tout c'est un film très politique qui stigmatise toute une population «les rednecks», les faisant passer pour une sous population. Et pour cela, il décide de faire passer un agresseur pour une victime

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