River's Edge

by - octobre 07, 2017


RIVER'S EDGE
de Tim Hunter

Au début de l'été, je cherchais des films que j'avais envie de voir seule pendant que le maître des clés de ce blog regarderait des films que je n'ai aucunement envie de rencontrer. Keanu Reeves courrait dans ma TL, et on parlait de to the bones. J'ai eu envie de voir ce film puis d'autres et je me suis dit que vu l'ampleur de sa filmo, j'allais pouvoir y piocher allégrement mais l'un entraînant l'autre nous nous sommes mis à en regarder ensemble, un puis deux, puis quasiment tous. On a rencontré des films comme the scanner darkly et on a eu envie dans découvrir d'autres. Et plus on avance dans ce qui commence à ressembler à une œuvre vu les choix audacieux, plus on découvre des films dont on n'a jamais entendu parler et qui sont surprenants,et ou réjouissants, mais jamais neutre.

Au milieu des années 80, dans une petite ville de Californie, un petit garçon au visage inquiétant décide de jeter à l'eau une poupée très laide. En face un adolescent hurle à coté du corps d'une jeune femme.
Inspiré d'un fait divers qui s'est passé en 1981, quelque part en Californie. un jeune homme de seize ans, a violé et tué une adolescente de quatorze ans. Puis il a promené le corps de le jeune femme à l'arrière de son pick up pendant une journée et l'a jeté dans un ravin. Il a raconté ce meurtre à plusieurs de ses camarades, en a amené certains constater la véracité des faits. Ces adolescents n'ont rien dit, ils ne l'ont pas cru, ont voulu le protéger ou ont eu peur des complications avec la police, seuls deux d'entre eux finiront par le dénoncer au bout de deux jours.
Ce film dresse le portrait d'une certaine adolescence. Une adolescence délaissée et livrée à elle même. En choisissant de suivre une seule famille et une petite dizaine d'adolescents le scénario permet de balayer toute cette période de vie à un instant T. Il dépeint une famille recomposée ou les garçons doivent faire face à un beau père qui leur hurle et leur tape dessus, à une petite sœur livrée à elle même, et quant à eux il ne savent pas communiquer autrement quand se battant et se détestant. Tim 9ans est férocement jaloux, bat et casse les jouets de sa (demi) sœur; Matt passe son temps à lui courir après pour le taper car il a fait pleurer sa petite sœur; alors que Tim rêve juste de faire comme son grand frère même si ça implique de fumer des joins et descendre des bières. Une famille ou la mère laisse ses fils découcher la nuit et engueule son aîné car le plus jeune n'est pas entré. Une mère qui hurle qu'elle n'a voulu aucun d'eux, devant sa fille de cinq ou six ans. Petite fille livrée à elle même lorsque le plus grand de ses frères n'est pas là. Finalement une mère qui s'inquiète du nombre de ses joins et laisse en connaissance de cause ses fils allaient voir un meurtrier pour se fournir.

Car la drogue ici est partout, des poches de pilules multicolores, excitants ou autres, des ballots d'herbe. Un vrai cabinet d'apothicaire ou le spectateur est incapable de se retrouver. Et c'est en ça que ce film est intéressant car il décroche du fait divers sordide et va plus loin. A cette période «l'apathie» de ces adolescents avait été expliqué par la drogue, les jeux d'arcade, et le heavy métal (présent aussi dans le film par la musique que Layne passe dans sa voiture coccinelle gonflée à l’extrême), et par transparence sur le tee shirt retourné de Samson. Mais ici elle n'est qu'un alibi. Elle est le pourquoi ils passent leurs temps à sillonner la ville. Elle explique pourquoi a un moment du film Layne va être arrêté, elle est le Graal pour un gamin de neuf ans mais c'est tout. 
Le scénario expose un mal être récurant, Feck interprété par Dennis Hooper semble avoir été en prison exactement pour ce qu'a commis Samson, et le profil des enfants de moins de dix ans ne laisse pas envisager un avenir plus serein.
Et en montrant ces ados face à ce secret beaucoup trop gros pour eux, le réalisateur peut esquisser assez brillamment les dynamiques. Celle du groupe ou un meneur semble décider pour tous; l'histoire prend le temps de laisser naître les doutes et la maturation de la dénonciation. Et surtout elle dépeint un monde d'adultes incapables de protéger ses enfants. Allant même jusqu'à leur tirer dessus car il frappent à la fenêtre. En ce sens c'est plus un monde d'adultes qui est jugé en filigrane que ce celui de l'adolescence du début des années 80.
Il est intéressant de noter que ce long métrage montre une évolution chez celui qui va dénoncer et finalement casser le cadre et réfléchir sur ce qui se passe autour de lui, et pour la seule qui a essayer de le faire même si elle n'en a pas eu le courage.
Ce film est fluide même si l'image reste très imprégnée des années 80. Mais il est aidé par son casting. Dennis Hopper est Feck, personnage improbable qui semble être resté coincé dans une faille temporelle entre easy rider et une poupée gonflable. Il est étrangement émouvant et le spectre de ses non-dits amène au film une profondeur et un fatalisme assez inattendus.
Crispin Glover joue Layne, l'ado charismatique et meneur de bande. Il semble terriblement seul, et n'a personne à appeler lorsqu'il est en prison. Le problème de ce personnage est son hyperactivité, ou le trop de d'excitants qu'il a consommé. Il semble être monté sur des ressorts. Alors il frôle le sur-jeux, et ça nuit à ce personnage, même lors des moments ou il est seul. Crispin Glover arrive quand même à lui donner corps et à laisser transparaître des choses sous tout ce cabotinage.
Keanu Reeves interprète Matt, le grand frère que toute petite fille aurait voulu adopter. Il joue ce rôle qui est l'un de ses premiers et peut être un des moins linéaire du long métrage, avec une simplicité assez déconcertante. Il est vraiment le pivot dont se sert le réalisateur pour élargir la réflexion du spectateur.
Samson prend les traits Daniel Roebuck, il incarne parfaitement les deux cotés d'une même pièce. A la fois l'adolescent isolé, seul, avec d'énormes responsabilités; et celui qui tue pour un mot.
Joshua John Miller joue le grand (et le petit) frère que personne ne veut avoir. Il est excellent en petit monstre capable du pire mais arrive à nuancer son jeu par un regard ou une expression, qui nous permet de croire que rien n'est perdu.


Ce film est un film qui m'a surpris, et qui m'a fait penser à l'univers de Twin Peaks qui se développera quelques années après. C'est un film de société qui se sert du carcan des teen movies , pour nous ouvrir les yeux sur notre société.

Le malheur est que trente ans après les constats ne sont pas si différents si ce n'est que l'on accuse aujourd'hui les jeux vidéos et les réseaux sociaux


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