LA MORT DE LOUIS XIV d'Albert Serra Dans une autre vie j'ai été étudiante en histoire, dans cette autre vie je ne me suis jamais r...

La Mort de Louis XIV

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LA MORT DE LOUIS XIV
d'Albert Serra


Dans une autre vie j'ai été étudiante en histoire, dans cette autre vie je ne me suis jamais réellement trouvée dans cet exercice, ni dans ce statut. Ce n'est pas la plus belle période de ma vie, j'en ai gardé peu de choses, quelques copines et une affection particulière pour Louis XIV dont on avait décortiqué la vie. J'avais vu cet enfant malheureux et trahit grandir et devenir un tyran, assoiffé de guerres, de sang et de femmes; bizarrement il était toujours sensible aux arts et aux belles choses alors qu'il était si cruel avec les hommes; puis il y eut les enfants légitimes qui moururent et quand ce fut à son tour il dut laisser son trône à un enfant; je me souvenais aussi d'un grand amour, qui l'accompagna dans ses vieux jours. J'étais donc relativement heureuse de retrouver cette vieille connaissance. Et sur bien des points ce fut digne de ce que j'attendais. Louis était bien là, vieux et mourant. Oui car comme le titre l'indique l'agonis dure deux longues heures. Tout y est, tout est représenté, le poids de la charge, la cour, les jeunes femmes en habits d’apparats. Et les hommes toujours là pour chuchoter, et planifier quelque chose.

Dans ce film tout est soigné, on voit que la personne qui est derrière la caméra a pris soins de de chaque détails, des costumes, des couleurs, des coiffures... Tout jusqu'à ces plans tous échappés de peintures d'époque. Ou encore cet éclairage qui donne un rendu image si particulier, et assez difficilement descriptible. Le réalisateur aime son sujet mais avant tout il aime son acteur principal. Et quel réalisateur ne rêverait pas d'avoir Jean-Pierre Leaud dans son film. Il est tout le temps à l'écran, là présent; frémissant, tremblant, agonisant. Et il agonise bien! C'est un pléonasme pour le plus grand acteur de sa génération. Mais avec cette omniprésence on commence à atteindre les limites de l’exercice. A force de ne voir que lui, nous scrutons tout, l'anarchie capillaire et ce qu'elle symbolise, cette image si spéciale devient difficilement supportable, et une horde de petites choses nous interroge mais il n'y a de réponses pour aucunes d'elles. Les personnages secondaires ne sont jamais contextualisés, le valet, le médecin, leurs vies ne se dessinent qu'au pied du lit du roi. On ne sait rien d'eux, pourtant ça aurait été intéressant. Madame de Maintenon n'est citée qu'un quart d'heure avant la fin du film. si l'on devine que c'est elle rien n'est jamais explicité. Elle est là c'est tout. Des personnages sont appelés au près du roi, ne viennent pas, on sent le contentieux, on aurait pu s'en servir pour parler du roi. Mais non, on n’approfondit pas. Même les enfants illégitimes du roi n'apparaissent pas dans le récit! Du coup on n'a que l'agonis, des médecins désabusés; de l'agonis, des personnages qui passent et de l'agonis !!!!! et deux heures c'est long, c'est sombre, c'est terne.

Vous sortez de ce film en vous demandant pourquoi vous avez été voir quelqu'un mourir dans d'atroces douleurs pendant deux heures, mais aussi pourquoi ces gens talentueux ont fait un film sur un homme qui se meurt d'une gangrène. Plus qu'un homme un roi qui rayonnait sur toute l’Europe. Roi interprété par Jean-Pierre Leaud le « meilleur acteur de sa génération» et avec un casting européen; maintenant je me pose la question, ce film est-il une allégorie? Parle t-on de la mort d'un certain cinéma plus que celle d'un roi? D’où l'importance de connaître d’où vient ce mal? mais là non plus je n'ai pas de réponse. Rien dans ce film ne me permet vraiment de l'affirmer.

Il y a quelques semaines , dans le cadre du fifib on ne pouvait pas entrer à l'avant première de ce film ou 
Jean-Pierre Leaud était présent. Ce jour là on était déçu, maintenant je me demande si c'était un mal. Ce film est un film âpre, tout y est beau et bien fait, mais rien n'est confortable pour celui qui le regarde. Il me laisse sur mes questionnements et sur une légère déception.

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