Un jeune homme d'origine modeste est accusé du meurtre de son père et risque la peine de mort. Le jury composé de douze hommes se ret...

Douze hommes en colère

00:00:00 Inglourious Cinéma 2 Comments


Un jeune homme d'origine modeste est accusé du meurtre de son père et risque la peine de mort. Le jury composé de douze hommes se retire pour délibérer et procède immédiatement à un vote : onze votent coupable, or la décision doit être prise à l'unanimité. Le juré qui a voté non-coupable, sommé de se justifier, explique qu'il a un doute et que la vie d'un homme mérite quelques heures de discussion. Il s'emploie alors à les convaincre un par un.

Douze hommes en colère – 4 Septembre 1957 – Réalisé par Sidney Lumet

Quand je pars à la découverte d'un nouveau film, ce n'est pas forcément calculer et très souvent cela ressemble plus à un certain Hobbit qui part de chez lui pour une aventure. Parfois ça passe, parfois non, mais c'est clairement ce qui fait le charme de cet exercice et qui permet a tout un chacun de s'ouvrir vers d'autres horizons. C'est clairement ce qui m'est arrivé avec « Douze hommes en colère », un film unanimement salué et recommandé qui marque le début de la carrière de Sidney Lumet en tant que réalisateur.

C'est uns histoire qui se passe régulièrement aux U.S.A , celle d'un procès pour meurtre. La victime ? Un père violent; l'agresseur ? Son fils! L'affaire semble vite entendue, les témoignages le désignent, les preuves aussi, bref il est coupable et les jurés vont vite se mettre d'accord pour le condamner. Les jurés au nombre de douze se réunissent alors à huis clos pour délibérer. On découvre ainsi une multitude de personnalités, volubile, taiseux, colérique, timide, froid, raciste ou encore humaniste, mais tous ont en commun cette volonté d'en finir vite. Un premier vote est décidé à main lever, un vote révélateur, il y a onze jurés qui le désignent coupable et un qui le désigne non-coupable. Une hérésie pour l'ensemble de l'assistance, mais comme le vote doit être à l'unanimité, les onze jurés décident de lui rappeler les faits, mais très vite c'est le juré n°8 qui va mettre en lumière des détails non-négligeables et les faire douter.


« Douze hommes en colère »
réalisé par Sidney Lumet dure 94 minutes et c'est beaucoup trop court ! Bon c'est la durée parfaite pour ce genre de film, mais je l'ai tellement apprécié qu'il aurait pu me garder plus du double devant l'écran sans que je ne ressente un seul instant de l'ennui. Pourquoi ? Pour le matériel d'origine, pour la réalisation de Lumet et pour son sujet si délicat.

Avant d’être un chef d’œuvre du cinéma signé Lumet, c'est une pièce de théâtre rédigée par Reginald Rose. Elle fut même antérieurement adaptée une fois pour la TV. Un travail de qualité qui lui servit lors de son travail pour le film, car il ne le modifia que très peu. Et c'est vraiment un très grand coup qu'il réalise ainsi, car il casse le didactisme de son propre récit tout en conservant les règles classiques du théâtre qui régissent son histoire. Ce qui fait que l'on garde toute la tension et la puissance dramatique de l’œuvre de Rose, tout en profitant d'un rythme et d'un dynamisme typiquement cinématographique que Sidney Lumet se charge de sublimer.

C'est sur ce point-là que je n'en reviens toujours pas. La réalisation et la maîtrise de Sidney Lumet m'ont époustouflé, surtout qu'il s'agit (je le répète) de son premier long-métrage. Déjà qu'il s'agisse du rythme du film, ou du montage, c'est un sans faute et Lumet nous transporte avec conviction au cœur des débats qui révèlent la nature et les contradictions de chacun. Pour cela il joue aussi sur les angles de caméra qui renforcent au fur et à mesure la claustrophobie latente qui nous guette, oppresser il est vrai par la tache qui est celle des jurés. On passe ainsi de plan d'ensemble a des gros plans sur les visages des acteurs, marqués et ruisselant a cause de la chaleur, mais aussi par le poids qui repose sur leurs épaules, décider de la mort d'un jeune homme ou non. Et c'est par ces différents changements d'angles, associer au travail du chef opérateur Boris Kaufman que le film maintient ce semblant de suspense, car comme les jurés « le doute raisonnable » s'installe en nous et l'on imagine aisément les deux possibilités.


Et c'est là que le film prend tout son sens ! L'histoire au demeurant très simple, nous interpelle sur deux choses distinctes, sur l'absurdité de la peine de mort et sur les préjugés qui habitent chacun d'entre nous. C'est lors des débats, par l'intermédiaire du juré n°8 que Lumet remet en cause toute l'injustice de cette peine, tout d'abord en pointant les incohérences non soulevées pendant le procès, révélant une certaine partialité dans les débats, les preuves l'accable donc il est obligatoirement coupable ! Le juré se trouve alors dans une position inconfortable, celle de la personne qui doit juste dire « guilty » ou « not guilty » sans avoir toutes les données pour ce faire son avis. Mais aussi en démontrant que cela ne reste qu'une solution à court terme. Si à la fin du film l'accusé est condamné, le coupable aura payé, mais quid de la pauvreté et du milieu social dans lequel il a grandi ? Des préjugés dont sont victimes les personnes de quartiers défavorisés ? Ou encore les solutions pour remédier à cela ?

Bref si on en reste qu'au film, on n'en sait rien, par contre on a une radiographie intéressante de la société américaine que sont les des douze jurés. 12 hommes aux caractères différents, reflet d'une société malade qui cherche au fond d’elle-même un soupçon d'humanité ! Pour cela il faut savoir passer outre sa propre personne, ce qui n'est pas forcément aisé; ses préjugés, ici sur les adolescents et les pauvres qui ne seraient que des ingrats ou des parasites; mais aussi sur ses propres doutes comme celui du juré n°3 qui voit dans cette affaire un reflet de sa vie ! Des hommes qui vont voir leurs certitudes exploser en plein vol, pas parce que le juré n°8 à fondamentalement raison, mais bien parce qu'ils se trouvent face à eux même et qu'ils savent que ce sont leurs personnalités qui posent problème.


Quant au casting, il n'y a rien à dire, c'est un très grand cru ! Bon ils n'ont pas tous le même poids, ni la même présence, mais chacun fait ce qu'il a à faire avec une grande application. Martin Balsam (juré n°1) est le capitaine des débats, un rôle ingrat, mais qu'il joue avec beaucoup de retenu, à la fois convaincu et assez effacé, il recentre souvent les débats. John Fiedler (juré n°2) timide et chétif, il apprendra à s'affirmer et a passer au-dessus des voix encombrantes comme celle du n°3. Lee J. Cobb (juré n°3) est l'un des trois les plus coriaces, il joue beaucoup sur la colère tout en nuançant sa façon d’être, ce qui le rend à la fois détestable et humain. E.G. Marshall (juré n°4) joue un banquier aussi froid que rationnel qui ne se laisse pas déstabiliser, il joue beaucoup sur son apparence pour marquer sa maîtrise des émotions. Jack Klugman (juré n°5) est le plus sensible, car il connaît le milieu dans lequel l'accusé a évolué et il transmet cela à merveille, on ne le sent pas à l'aise et il semble toujours aux abois. Ed Binns (juré n°6) est un peintre en bâtiment plutôt discret qui veut faire son devoir avec application. Jack Warden (juré n°7) est un beau parleur qui n'en a strictement rien à faire, ce qui l'importe, c'est son match de baseball. Interlocuteur de choix, il joue aussi bien avec ses mains, qu'avec le reste de son corps, donnant ainsi cette sensation de hâte qui le caractérise. Henry Fonda (juré n°8) est extraordinaire de maîtrise et de justesse. Jamais il ne s'emporte et son calme n'a d'égal que l'intensité de son regard. Joseph Sweeney (juré n°9) est le plus vieux de tous, mais aussi le plus sage, avec un brin de malice bien agréable. Ed Begley (juré n°10) sous ses airs de grands patrons; il ne véhicule que stéréotype et haine. L'acteur joue bien et plonge dans la bêtise graduellement jusqu'à une scène vraiment tétanisante. Jiri Voskovec (juré n°11) est celui qui a le personnage qui lui ressemble le plus. En effet l'acteur dut immigrer pendant la seconde guerre mondiale, il transmet ainsi cette expérience a son personnage et le rend ainsi aussi crédible que touchant. Et pour finir le sympathique Robert Webber (juré n°12) dans le rôle du publicitaire avenant, mais un peu barbant. 

C'est un chef d'oeuvre !

"Poster par Kevin Ang"

2 commentaires:

  1. Un must du procedural tout simplement, où le ton monte, les esprits s'échauffent autour d'une même question. Puis Henry Fonda et le reste du casting sont merveilleux. Pas dans mes préférés de Sidney Lumet mais un de ses sommets.

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