L’ODEUR DE LA PAPAYE VERTE - 8 Juin 1993 - Réalisé par Tran Anh Hung Il y a quelques semaines, j’ai rencontré la magie de Tran Anh Hung. J...

L'Odeur de la papaye verte

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L’ODEUR DE LA PAPAYE VERTE - 8 Juin 1993 - Réalisé par Tran Anh Hung

Il y a quelques semaines, j’ai rencontré la magie de Tran Anh Hung. J'ai aimé, adoré encensé a la verticale de l'été ,alors j'ai voulu voir tous ses films. J'ai suivi les conseils et j’ai commencé par le doux et langoureux “l'odeur de la Papaye Verte".

L’odeur de la papaye verte est un film sur les femmes. Dès le départ nous mettons nos pas dans ceux de Mui. Une magnifique petite fille d'une petite dizaine d’années qui prend les traits fins et délicats de la très jolie Man San Lu. Elle a fait une journée de marche seule avant d'arriver, sous la pluie et au son de la cithare , dans une grande maison de Saigon, on est en 1951. Comme je l’avais vu faire dans à la verticale de l'été. Le réalisateur ne cherche pas à installer son personnage. L’histoire et en « prise directe» et ne nous distille ce que l’on a besoin de savoir au grès du film. Cette histoire, celle d'une enfant placée comme petite bonne dans une famille en deuil, aurait pu être banale, lourde ou emprunte de mélodrame mais Tran anh hung utilise tout son art pour jalonner son récit de symboles. Ils marquent l’évolution de Miu avec onirisme et élégance. Il choisit d'abord de petits animaux pour l'accompagner qui sont autant de métaphores. Tout commence par les petits criquets dans une jolie petite cage qu'elle semble avoir construite elle même, qu’elle élève avec amour et amusement et dont la musique rythme sa vie. Criquets qu'elle laissera lorsqu’une fois adulte lorsqu'elle devra partir et changer d’employeur. Puis ce sera un petit crapaud qui la fascinera, crapaud qui deviendra une magnifique petite grenouille verte et lumineuse à la fin de l’histoire.

Les costumes ou leurs absences prennent une place aussi particulière. il marque évidemment les changement de l’héroïne, mais aussi l'évolution d'une époque, le point de bascule d'une société. Les chaussures en sont l'exemple le plus fort. Au début du film seuls les hommes en porte, même la «maîtresse» de Miu, traverse sa vie pieds nus. Elles se généralisent plus tard, avec l’apparition des épouses des fils, qui ont une silhouette plus contemporaine, plus “occidentalisée.” elles font partie intégrante d’une panoplie avec rouge à lèvres, robes “vintages” aux couleurs improbables, et coiffures très recherchées. Tout cela semble très étranger à la jolie Miu. Le réalisateur film avec grâce les moments ou elle essaie des chaussures. Si elle a quelque chose de cendrillon quand elle essaie celle de la fiancée de son nouvel employeur, ça se rapproche plus de la danse des petits pains lorsqu'elle enfile celles de ce derniers. Tout cela agrémenté avec une dose de sensualité inhérente à ce réalisateur. Il va de même lorsqu'elle découvre un rouge à lèvres, ou au moment ou elle l'essaie. Tant de naïveté, de beauté, et de candeur dans une même image. Tout cela en montrant cette jeune femme commençant à se découvrir. C'est trop beau pour mon petit œil de spectatrice.

Puis il y a les cadeaux et l’amour l’un et l’autre intrinsèquement mêlés. dans cette histoire l'amour doit être prouvé et montré. Il y a l’amour immédiat et maternel de cette femme “la maîtresse” pour cette enfant solaire qui vient travailler chez elle. Enfant qui jamais ne se plaint et qui affiche un magnifique sourire. Cet amour qui l'amènera à lui offrir, juste avant que Mui soit envoyée travailler ailleurs, ce qu’elle aurait légué a sa fille morte bien avant l'arrivée de l'enfant à son service
Puis il y a l’amour d’un homme, de son homme. Cet homme qui lui offre la connaissance, lui apprenant à lire en plus d'une autre vie


Cette histoire n’est pas que celle d’une fille. Le film esquisse aussi un tableau plus large. Celui de la vie des femmes à cette période. Avant même d’être nivelée par l’argent la vie d’une femme est assujettie au fait d'avoir un époux. La grand mère dont le mari est mort alors qu’elle était encore jeune passe sa vie recluse à l’étage à prier pour les morts de sa famille et à reprocher à sa bru les inconduites de son fils. De même la bonne, qui ne s’est jamais mariée ne sait pas si elle est jeune ou si elle est vieille. Et si la personne toute ridée qu’elle voit dans ses rêves est sa mère ou si c'est elle. La femme doit toujours reproduire un schéma. C'est aussi le cas de la mère de famille “la maîtresse” elle est celle qui ramène l’argent à la maison, elle a eu quatre enfants, gère le quotidien, et pourtant elle supporte et soutient un homme qui l’a trahi, l’a volé, et à provoquer la mort de sa fille.

L’espoir que les générations futures soient différentes n’est qu’illusoire. Lorsque le fils aîné est marié il garde la maison familiale est «la maîtresse» se retrouve à vivre recluse à l'étage. Son épouse est habillée différemment, mais elle se retrouve à faire tourner la maison de sa belle mère et son entreprise, alors que son époux ne semble intéressé que par la musique. C'est toujours la même histoire avec un contexte différent.

Les hommes sont majoritairement à l’image du père. Ils profitent de la vie et de leurs positions d’hommes très peu fiables. Ils apparaissent ou disparaissent ne tenant pas compte de leurs obligations. 

Puis il y a les autres. Ceux qui ont des sentiments. Le fils cadet Lam qui est le seul à essayer de réconforter sa maman. Touchant dans son mal être et dans sa solitude. Ou le meilleur ami du fils aîné, le nouveau patron de Miu, l’artiste. Dans ce que j’ai pu voir de l’œuvre de Tran Anh Hung, l’artiste est toujours un être à part. Et la il est silencieux, ne s’exprimant qu’avec son piano. Il semble étranger au monde où il évolue. Un extra terrestre en qui on place tous nos espoirs. Le prince des contes de fées.


Car si l’histoire de cette enfant est si touchante, c'est qu'elle a quelque chose des contes initiatiques de notre enfance. Mais à l’écran elle est magnifiée par son créateur. Même si je n’ai vu que deux films de lui. Il y a des traits qui reviennent tel une signature. le premier ce sont les thèmes qui affleurent: la mort le deuil, la manière dont on peut survivre à un enfant, et surtout on y parle de femmes. Dans ces films le rôle principal est tenu (ici dans la seconde partie, lorsque Mui est adulte) par Tran Nhu Yen-Khe. Peut on s’arrêter cinq minutes sur la perfection? Non seulement cette actrice à chaque fois que je l’ai vu m’a surprise par son jeu. Dans ce film en reprenant les mimiques de l’enfance pour s’approprier une partie de sa candeur. Mais aussi en donnant vie à un scénario plus que taiseux. Elle est la danseuse étoile de cette œuvre. Il n'y a qu’à la fin du film qu’elle dit plus de trois phrases à la suite. Et ce qu’elle énonce est un poème qui résume l’essence du film. Ajoutez à cela, son extrême beauté. Et vous vous demanderez pourquoi elle est si rare au cinéma.

Je disais que ce film est taiseux, mais il est fort. Très fort. Nous racontant une histoire, et la remettant en perspective à la fin par le poème. Le scénario redonne du sens au sens. J’ai tellement apprécié que j’aurai pu revoir le film de suite sous cet angle.

Ce film est taiseux mais pas silencieux car ce réalisateur à le sens de la musique et du son. J’aime tant l'écrin sonore dont il habille ses œuvres. C'est le bruit de l’eau qui coule ou de la pluie qui tombe, le son de la cithare du père de famille accompagné plus tard par son fils à la flûte, ou encore le piano de l’artiste seul moyen par lequel il communique qui soulignent l'action. Puis il y a les bruits du quotidien, qui rythment le film. Le bruit des couverts des plats, et celui du gros couteau qui hache la papaye.


Mais plus que tout ce que j’aime c'est sa manière de filmer. Les déplacements chorégraphiés sur plusieurs plans, ce mouvement doux et perpétuel est très rassurant. Dans ce film la naissance d’un amour est filmé avec tant de pudeur. Il est esquissé en silence de manière toujours juste et sans voyeurisme. Avec des métaphores toujours si subtiles qu’elles ne prennent tout leurs sens que plus tard.

Ce film est à l'image dont Tran Anh Hung filme ses personnages. Il est délicat, on sait qu’il y a un travail fou pour avoir filmé comme cela, on sait que ça ne peut pas être une heureuse coïncidence, mais c'est tellement beau que la seule chose que l’on retient est ce sentiment d’émerveillement.
La constante lorsque je parle de ce réalisateur, est mon sentiment de ne pas avoir su parler assez juste pour retranscrire la beauté de son film. L’odeur de la papaye verte, est un film magnifiquement beau. Il ne m’a pas impacté comme l’avait fait à la verticale de l’été. peut être est ce parce que ce dernier avait l’avantage d’être mon premier rendez-vous avec l’artiste.

Mais il confirme toute l’admiration que j’ai pour Tran Anh Hung,et il est un film que je vais voir et revoir….

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