AQUARIUS
de
Kleber Mendonça Filho
Alors qu'elle a passé toute sa vie dans un appartement en bord de
mer; Clara,qui est journaliste musicale à la retraite est confrontée
à des promoteurs immobiliers qui ont racheté tous les appartements
de son immeuble à l'exception du sien, et veulent en faire un nouvel
immeuble de standing.
Avec le key maker de ce blog nous avons eu l'occasion de
rencontrer le cinéma de Kleber Mendonça Filho lors du dernier
Festival du Film International de Bordeaux. En effet en tant que
président du jury il avait quelques cartes blanches. Lors de celle à
laquelle nous avons pu assister, était présenté un de ses courts
métrages, le magnétique, Vinil verde. Nous avons tellement aimé
que l'on a investi dans un de ses blu-ray Aquarius. Nous n'avons jamais
pris le temps de les voir. C'est lors d'une thématique sur Arte que
nous l'avons découvert.
Commençons par le contexte en 2016 lorsque ce film est présenté
à Cannes il est au cœur de la tourmente. L'équipe dénonce la
procédure de destitution de la présidence D Roussef, qu'ils
comparent à un coup d'état. En représailles le gouvernement
estampille ce film comme interdit au moins de dix huit ans. Et le
prive de la voie royale qui semblait le mener vers la sélection à
l'oscar du meilleur film étranger. Si je n'ai aucune idée des
critères brésiliens de limite d'age, il semble assez évident
qu'une scène aurait provoqué ce classement aux Etats unis, et que
ce film est destiné à un publique de «niche» qui compte assez peu
de personne de moins de dix huit ans.
Ce film est un savant mélange de choses envoûtantes et
exaltantes, et d'une ambiance lente dans un milieu extrêmement aisé.
Un exemple, le thème du film est avant tout une femme contre des
promoteurs immobiliers. Le pot de terre contre le pot de fer. Les
cinéphiles qui connaissent mieux la société brésilienne que moi
expliquaient que la carnation de Clara comparée à la blancheur du
jeune promoteur était un indice sur ses origines et sur le fait
qu'il était le plus riche. Peut être, mais moi je ne vois juste que
le combat d'une femme très aisée, qui dit être propriétaire de
plusieurs appartements, cultivée, avec un intérieur digne des films
de Noah Bumbach avec collection de Vinyles, bibliothèque, le rêve des décorateurs. Qui enfant a été élevée par des nourrices, et
qui encore aujourd'hui a Ladjane pour faire son ménage, son repas,
sa vaisselle....contre un jeune promoteur qui a fait ses études aux
états unis, et qui rentre bien décidé à faire fortune rapidement.
Le tout sur le ton plutôt policé de la bonne société. Je sais que
ce film se veut politique, et représentatif de ce que vit le Brésil.
Mais la question est de quel Brésil parle-t-on. Si on pense que ce
film est un brûlot contre notre société consumériste comme j'ai pu
le lire, il faut redéfinir ce qu'est le consumérisme car Clara en
digne femme des années 80 est pour moi la parfaite représentation
de ce qu'est de vivre et s'adapter à ce genre de société.
Une fois mon problème avec le thème, le sujet de ce film balayé,
il reste encore quelques points qui m'ont dérangée. Le premier et
non le moindre est le rythme. Je suis en générale séduite par les
films qui prennent leurs temps, j'aime les réalisateurs qui te
prennent par la main et qui te laissent écouter le bruit de l'eau,
le vent dans les feuilles, tout ça en te racontant une belle
histoire. Là Clara s'ennuie, donc nous aussi. Beaucoup, vraiment
beaucoup, sauf que nous n'avons pas les bouteilles de vins qu'elle
vide dans de magnifiques grands verres à pied pour nous assommer. Le
temps est lent, il s'écoule très lentement, en plus le film dure
plus de deux heures et devient parfois très difficile. Ce qui est
rageant c'est que par moment il y a des fulgurances géniales, la fin
en apothéose est jubilatoire même si elle est un peu facile.
C'est d'autant plus rageant que le réalisateur renverse la table
et nous offre le plus beau portrait et le plus atypique de femme que
j'ai vu au cinéma. Il est symbolisé pour moi par un plan, Clara la
soixantaine sublime, sa chevelure si vivante, face caméra nue avec
une mammectomie. Des images qu'on aimerait voir plus au cinéma, où
les femmes se ressemblent tant, et sont si souvent interchangeables.
Je ne suis pas certaine qu'une autre actrice que Sonia Braga puisse
l'interpréter. Je ne vois pas qui aurait pu incarner tous les
aspects de Clara aussi bien, avec cette espèce d'impudeur, sans
jamais cesser de distiller un parfum de séduction, et en représentant
toujours la force et l'assurance. Il y a cependant des portraits
moins séduisants dans ce film, surtout celui de sa fille. Fille qui
est faut bien le dire l'adulte la plus insupportable pour ne pas dire
assister du monde. Mais dans l'ensemble les femmes sont différentes, passionnées, fortes, et ça fait tellement de bien.
Je ne saurai pas dire si j'aime ce film, en tout cas je sais que
je n'ai aucune animosité envers lui.je peux cependant dire que l'on
n'a pas voulu découvrir les bruits de recife le premier film de ce
réalisateur après. On a préféré laisser passer du temps pour
digérer celui-ci ; mais on est bien décidé à le découvrir
un jour
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