Sheperds and Butchers

by - avril 21, 2018




SHEPERDS AND BUTCHERS
d'Oliver Schmitz


Alors que l'apartheid bat son plein, un jeune homme blanc de 19 ans, gardien de prison est jugé pour avoir tué sept jeunes hommes noirs et les avoir alignés dans une carrière qui est surplombée par les corridors de la prison où il travaille. Mutique depuis ce geste, arguant ne plus se souvenir de cette soirée, son avocat très britannique apprend presque par hasard qu'il travaille dans le couloir des condamnés à mort depuis deux ans.


Ce film est avant tout une merveille d'écriture. En adaptant le roman éponyme de Chris Marnewick , Brian Cox arrive à retranscrire des sentiments, des états d'esprits, des idées reçues, tout en préservant une neutralité impitoyable, et ne versant jamais dans la facilité.
D'abord en situant les événements racontés dans une Afrique du sud qui a complètement changée de physionomie et dont la politique est radicalement différente. L'arrivée de Nelson Mandela au pouvoir, ayant aussi transformé le système judiciaire, la peine de mort y est aujourd'hui abolie.
Le spectateur est donc dans la position quasi opposée du personnage qu'il suit c'est à dire l'avocat Johan Webber; qui doit défendre ce jeune homme, sans jamais remettre en cause la peine de mort en elle même.
Seconde brillante idée, positionner le spectateur au coté de cet avocat. Même si c'est souvent le cas dans des films comme celui là qui gravitent autour d'un procès, là ça prend une importance particulière. Car cet homme est «so british», immédiatement ça met une distance entre lui et tout ce qui se passe, et on se retrouve en lui. Même lorsqu'on l'entrevoit dans «un club» à boire un verre avec d'autres avocats, il est filmé de telle manière qu'il semble à la marge de ce monde. Il est là sans l’être. Sa famille n'est quasiment pas montrée si ce n'est quand sa gravite autour de son beau frère. Beau frère qui fait le pont entre ce prisonnier mutique, et lui. Car ils ont vécu , pour la nation, le devoir de tuer un autre homme. Le tout interprété par Steve CooGan, monolithique, devant pousser parfois son client dans ses retranchements, ne laissant poindre l'émotion qu'a l'unisson avec ce que ressent le spectateur.
Le gros morceau est le personnage de Léon. Léon a tué sept hommes noirs. Léon est sur le papier le visage de la haine, voire du racisme. Mais Léon est aussi un homme qui travaille dans le secteur des condamnés à mort depuis ses dix sept ans. Il a commencé il y a deux ans pour éviter d’être appelé comme soldat. Il participe des exécutions collectives depuis deux ans, il a perdu pied, a fini par frapper sa femme, quitter son église, et un soir d'orage a tué sept hommes... ce film arrive a gardé le visage du bourreau, tout en illustrant sa perte de repère. J'ai rarement vu des films qui arrivaient à faire coexister deux facettes d'un homme aussi bien. La prestation de Garion Dowds, rend crédible cet homme. Il a un jeu très minimaliste, quasiment immobile après les meurtres, et un autre très physique au moment des flashbacks, voire quasiment hystérique. C'est une composition remarquable.

La manière de filmer m'a un peu moins séduite. J'ai moyennement apprécié la courte focale, sur le visage de Léon pendant qu'il témoigne, alliée avec une caméra tanguant en le filmant pour montrer son malaise physique. Les cadres ne m'ont que peu séduite, mais en tout cas il n'ont rien enlevait à l'attrait du film.
La palette de couleurs est austère, et de circonstance, les costumes bleus de Léon font divinement ressortir les yeux bleus de Garion Dowds et toute l’humanité qu'ils contiennent, mais c'est inutile, voire moche.
Mais certaines scènes sont incroyables, celles de la reconstitution dans la clairière est à la fois bouleversante est mise parfaitement en scènes. Ou les scènes dans la salle d’exécutions avec ses couleurs ocres et marrons sont toujours parfaitement bouleversantes, impeccablement orchestrées et mises en images.
Ce film n'est pas forcement un brûlot contre la peine de mort, même s'il est forcement contre. Et c'est quasiment un postulat. Il est plus un témoignage sur une machine à écraser les hommes que l'on oblige à devenir les bourreaux d'autres hommes. Le mécanisme qui consiste à faire raconter à Léon sa première et sa dernière journée de travail est une superbe idée. Car on est projeté dans l'horreur tout comme lui.
Si le racisme n'est pas forcement souligné, il est présent en négatif dans chaque moment du film. Et c'est encore au moment des exécutio
ns que c'est le plus visible, quasiment tous les hommes sont noirs.

Ce film fait parti de ces longs métrages dont la vision ne vous laisse pas indifférent. Il est bouleversant, de simplicité et de force. Et finalement nous questionne sur nos sociétés, tout en parlant d'une époque pas si éloignée mais totalement différente.


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