MIDNIGHT SPECIAL de Jeff Nichols Il y a des films que l'on rencontre dans de drôles de circonstances. Je suis tombée ...

Midnight Special

02:30:00 Cecile 2 Comments


MIDNIGHT SPECIAL

de Jeff Nichols


Il y a des films que l'on rencontre dans de drôles de circonstances. Je suis tombée amoureuse du film précédent de ce réalisateur Mud. j'avais été séduite par la beauté des images et par la poésie qui émanait de lui. C'est lors d'une émission de radio en écoutant ce qu'en disait max (max la menace si tu passes par ici merci) que je me suis dit qu'il fallait que je le vois. Ajoutez à cela la présence d'Adam Driver dont je ne finis pas de découvrir le talent, il est donc devenu urgent qu'on lui donne sa chance. A la fin de ce film il est apparu comme une évidence qu'on avait été bouleversé tous les deux, mais que chacun l'investissait de manières différentes. De nuit Roy et Lucas sont retranchés dans la chambre d'un motel calfeutrée par des cartons. Ils surveillent les alentours avant de sortir, pendant ce temps la télé diffuse leurs signalements car ils ont enlevé un enfant.


Cet enfant est caché sous un drap, en train de lire des comics éclairé par une torche. Cet enfant qui se balade avec une paire de lunettes de piscine bleues est le fils de Roy. Pendant ce temps, le FBI est en train débarquer dans une secte d’où il est parti avec son père.
Ce film est un road movie. Un road movie dont on ne sait pas la destination. Seuls ses trois personnages savent ou ils vont.
Au début la seule clé que l'on ait, est Paul Servier agent de la NASA, qui débarque dans l'histoire en même temps que nous. Il prend les traits d'Adam Driver, il est celui qui fait parler le gourou de la secte. Celui qui comprend le rôle de cet enfant, sorte de messie qui transmet des informations et des codes. Codes qui se révèlent être des données secrètes qui pourraient valoir des siècles de prison à ce prêcheur. C'est à partit de là que ce film glisse vers la science fiction de manière légère avec un fort ancrage dans la réalité.


Tout cet univers est renforcé par des métaphores des allégories ou des analogies. Par exemple l'enfant et ses aptitudes sont mis en parallèles avec les personnages de comics qu'il lit. Son ouïe, et ses yeux si particuliers lui en donne toutes les caractéristiques. Et lorsque vient le moment ou il s'interroge sur la Kryptonite. Le message éclaire celui qui voit le film, sans jamais plomber l'histoire. En règle général tout ce qui touche son affaiblissement est imagé, ça allège le discours, tout en nous montrant sa progression; tout est illustré, sans être prononcé. 

Cet effet sf est aussi renforcée par l'imagerie que choisit d'utiliser le réalisateur. En effet il date son film et l'ancre dans les les années 2010, par les objets utilisés par les agents du FBI, les ordis, les voitures, les portables, les satellites... Rajoutez à cela le compte à rebours qui nous rappelle la date plusieurs fois dans le film. alors que tout ce qui a attrait à l'enfant semble sortir des années 80 (ce qui se justifie par le fait qu'il est vécu dans la secte) le total look jean du père, les voitures qu'ils conduisent, les téléphones qu'ils utilisent.


Le réalisateur allie cela à un hommage aux films de SF qu'il chérissait enfant. Ce petitou sous son drap, sa lampe torche, même sa coiffure,jusqu'à la manière dont s'éclaire la main tout me ramène à E.T. Il y a aussi quelque chose des X-Men, de superman et d'autres...
Tout cela créé un ensemble d'une finesse et d'une efficacité quasi poétique. Elle est aussi due aux acteurs. Michael Shannon est un père épuisé mais combatif formidable. Son histoire semble se lire sur son visage. Joel Edgerton pendant tout le film est à l'opposé de ce que renvoi son image, il est super touchant. Adam Driver est le personnage pour qui on a de l'empathie, il nous donne les clés du film. Puis il y a Jaeden Lieberher, bouille à bisous venue des années 80, enfant omniscient il est bouleversant


( Attention même si j'évite d'habitude, vous entrez dans une zone de spoilers )

Ce film parle d'autres choses. pour moi il est la métaphore de la mort d'un enfant. Et c'est probablement l'un des plus beau, digeste et poétique film sur ce sujet. Tout y est, la maladie de cet enfant. Ici elle est incarnée par son don. Don qui comme toute maladie transforme un enfant en enfant particulier, en héro du quotidien. il y a aussi l'évolution de son état, avec tous les marqueurs que distille le film. L'imagerie de cet enfant qui vit la nuit et qui voit un dernier coucher de soleil qui lui annonce un monde au dessus de la terre. Un monde qui correspond parfaitement à ce que l'on imagine du paradis. La finesse d'écriture de ce film va juste à reproduire ce que l'on décrit lorsque l'on parle des familles des petits malades. Le refuge dans une croyance, dans une pensée magique d’où la secte. La perte de pouvoir et le sentiment d'impuissance des parents, dans ce film c'est le gourou qui décide de se proclamer père d'Alton.

Roy reste là avec un sentiment d'impuissance et un énorme amour. Mais dans la course finale, c'est lui avec sa mère et un ami d'enfance qui l'accompagnent. Puis il y a l'épilogue. Ou l'imagerie d'un monde meilleur est partout. La lumière éblouissante, un univers plus adaptés à notre petit héros, ou il y a des gens comme lui. mais dans le film ils ne sont que des formes lumineuses qui ressemblent à la représentations de l’âme des morts. Il y a une vision architecturale de cet ailleurs. Puis il y a ce qui se passe après pour les parents et ceux qui les accompagnent. Le changement même physique pour certains, la lecture très cartésienne, ou ce vacillement entre le recueillement la peine et le soulagement pour d'autres.

Ce film est un beau film, riche et a la lecture différente suivant les personnes. J'ai tenu à vous parler de mon ressenti et c'est pour cela je devais spolier. C'est la première fois depuis que j'écris. Maintenant après avoir posé mes idées sur le papier, il me fait penser à un de ces magnifiques tableaux ou l'on peut se plonger, voir des choses différentes mais être d'accord sur le fait qu'elles sont assez complémentaires, que la vision de l'autre vaut bien la sienne, et que la constante est la beauté de la toile

2 commentaires:

  1. Une belle variation autour du Starman de Big John. Une course poursuite qui ne s'arrête pas, accumule les rebondissements et garde en haleine tout du long le spectateur. Par contre il aurait mérité de s'arrêter un peu plus tôt, les derniers plans n'étant pas vraiment utiles.

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