Né en Ukraine avant l'effondrement du bloc soviétique, Yuri arrive aux Etats-Unis avec ses parents. Il se fait passer pour un émigr...

Lord of War

13:08:00 Inglourious Cinéma 2 Comments


Né en Ukraine avant l'effondrement du bloc soviétique, Yuri arrive aux Etats-Unis avec ses parents. Il se fait passer pour un émigrant juif... Audacieux et fin négociateur, il se fait une place dans le trafic d'armes. Les énormes sommes d'argent qu'il gagne lui permettent aussi de conquérir celle qui l'a toujours fasciné, la belle Ava. Parallèlement à cette vie de mari et de père idéal, Yuri devient l'un des plus gros vendeurs d'armes clandestins du monde. Utilisant ses relations à l'Est, il multiplie les coups toujours plus risqués, mais parvient chaque fois à échapper à Jack Valentine, l'agent d'Interpol qui le pourchasse.Des luxueux immeubles new-yorkais aux palais des dictateurs africains, Yuri joue de plus en plus gros. Convaincu de sa chance, il poursuit sa double vie explosive, jusqu'à ce que le destin et sa conscience le rattrapent...

Lord of War – 4 Janvier 2006 - Réalisé par Andrew Niccol

Le titre du film ne trahit pas ses intentions! Et c'est un fait que je trouvais regrettable car il ne lui permettait pas de se démarquer, en portant un titre dont n'importe quelle série b aurait pu lui aussi se parer ! Mais au final c'est bien la surprise qui domine, car « Lord of War » va plus loin que son titre, pour brosser le portrait d'un homme, d'une pratique et d'un monde qui va toujours plus loin dans l'hypocrisie.

Quand Yuri, son frère et ses parents arrivent aux USA, ils pensent avoir quitté l'enfer de l'URSS pour le rêve américain ! Mais très vite ils déchantent, le rêve en berne, ils mènent une vie de galère dans le quartier de little Odessa comme bon nombre de leurs compatriotes immigrés en Amérique. Sauf que cela ne suffit pas à Yuri, il a des envies d'ailleurs, de grandeurs et de réussites que sa vie ne lui procure pas ! Il décide de prendre en main son destin en se lançant dans le trafic d'armes ; une profession risquée, mais qui va lui permettre de se faire un nom. Son sens du contact, des affaires et son aisance pour les langues étrangères lui ouvrent bien des portes ! Asie, Europe ou encore Afrique, il vend à n'importe qui et commence à avoir la vie qu'il souhaitait !

La chute de l'ex U.R.S.S lui donne accès au plus grand stock d'armes au monde, une aubaine qu'il va vite faire fructifier. Hélas revers de la médaille oblige, les ennuis vont s'accumuler, les autorités vont se faire plus pressantes et ses proches vont en souffrir. Yuri devra prendre des décisions capitales ….


Une fois de plus Andrew Niccol prend son sujet à bras le corps et ne fait pas dans la facilité. Après avoir traité la manipulation des masses par la création d'une actrice factice (Simone), l'eugénisme (Bienvenue a Gattaca), il s'attaque au trafic d'arme et à ses conséquences ! Pour cela il base son personnage principal, le cynique Yuri sur pas moins de 5 trafiquants d'armes existants dont le russe Viktor Bout ! Un homme dont le parcours risqué à clairement inspiré celui de notre personnage. Niccol ne s’arrête pas là et nourrit son personnage par le biais des échanges multiples qui l'a entretenu par mails avec certains trafiquants.

Le résultat au final n'en est que plus brillant, Yuri cet esthète de la négociation, ce chantre de la magouille, ce maestro du calcul d'armes à livrer est un argument à lui seul ! Cynique, sarcastique, menteur et manipulateur, c'est un personnage que l'on aime autant qu'on le déteste et c'est ce qui donne tout le relief à une histoire classique, mais extrêmement bien pensée ! Des débuts, en passant par son ascension jusqu'à sa « chute », le film est élégamment réalisé, rythmé et monté avec talent par le monteur de « Matrix » Zach Staenberg, l'ensemble est bien équilibré et la voix off caustique à souhait n'est jamais envahissante !

Et cela ne manque jamais d'humour, ni de trouvailles visuelles ou sonores, comme l'introduction par exemple ; ou sur la chanson « For What It's Worth » interprété par Buffalo Springfield, on suit tout le process de fabrication et de mise sur le marché d'une « balle » en est le plus exemple car brillamment mis en scène, il énonce aussi clairement les problématiques du film !!!

Celle d'un « American Dream » illusoire, qui n'intègre pas ses immigrants et qui ne leur donne pas une chance ! La solution de facilité s'impose et le trafic d'armes en est une ! Une activité lucrative, qui n'a ni éthique, ni frontière. Yuri sert autant les dictateurs de tout bords, que les grandes puissances même si on essaye de l’arrêter. Le plus « écœurant » alors c'est qu'il n'est qu'une goutte d'eau dans ce gigantesque business. Valentine, l'agent du gouvernement qui le traque ne ménage pas ses efforts pour lui nuire et quand bien même il parvient à l’arrêter, ses supérieurs font qu'Orlov est libéré, car ses talents aussi nuisibles soient ils, servent les intérêts des USA quand c'est nécessaire.


C'est là que l'hypocrisie est la plus flagrante ! Yuri Orlov est un marchand d'armes qui livrent des engins de morts à travers la planète, sans aucune distinction de couleurs, de nationalités ou de religions, mais quand on sait qu'actuellement près de 75% des ventes d'armes dans le monde sont le fruit des grandes puissances, USA, Russie, France, Allemagne ou encore la Chine sans que cela ne choque quiconque, il y a donc de quoi se poser des questions ! Car quelque soit l'arme, la munition, l'utilisateur, la façon dont il se l'est procuré, elle fera les mêmes dégâts !!! Andrew Niccol n'excuse pas les actes de son personnage, il les renvoi simplement dos à dos. Toutes ses personnes, sans foi, ni loi, qui profitent du malheur qu'apportent les guerres, de la folies qui prend les hommes, de leurs aveuglement, pour livrer en toute impunité les instruments de leurs propres richesses. La fin cynique à souhait, fini de refermer le cercueil de la décence, le méchant est dehors, délivré par un obscur gradés de l'Armée américaine. Une dernière pique sur un marché qui n'est pas prêt de s’arrêter, tant qu'il rapporte de l'argent ….

Le casting du film est brillant ! Si le film tient en grande partie sur la performance de Nicolas Cage, il peut aussi compter sur Jared Leto, Ethan Hawke, Bridget Moynahan, Ian Holm ou encore Eamonn Walker. Actuellement Nicolas Cage est plus souvent raillé pour ses films qu'applaudi, toutefois quand il est bien dirigé, tout son potentiel, son talent, s'exprime de la meilleure des façons. Et Lord of War c'est certainement sa performance d'acting la plus aboutie de ses 10 dernières années d'une carrière pléthorique. A ses cotés, il y a Jared Leto, un acteur polymorphe qui se glisse dans n'importe quel rôle avec la même sensibilité à chaque fois. Ici il joue Vitaly, le petit frère de Yuri, un gars paumé qui aime son frère, faire la fête mais qui lui sert aussi d'équipier et de « conscience » ! Il a peu de temps de présence à l'écran mais il le fait bien !

Ensuite on trouve l'impeccable Ethan Hawke qui est parfait en agent du gouvernement incorruptibles ; toute comme Ian Holm en élégant marchand d'armes ; Bridget Moynahan n'a pas le rôle le plus sympa car elle est reléguée au rang ingrat de « la femme de trafiquant », c'est à dire un personnage fort peu développée tandis que Eamonn Walker campe un dictateur plus vrai que nature …

Cynique et amoral, Andrew Niccol soulève les bonnes questions et pose les bonnes réflexions.



2 commentaires:

  1. Un film très efficace et faisant parfois mal au ventre comme rire jaune. Puis Nicolas Cage est monumental. Le charme du film joue aussi dans son investissement.

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    1. Tout à fait d'accord avec toi, un film à l'efficacité redoutable qui tape la ou il faut !

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