Pin Cushion

by - octobre 29, 2017


PIN CUSHION
de Deborah Haywood

Ce film est une tasse de thé à l'Earl Grey trop infusé, et trop chaude. D'abord on plisse un peu le nez en se demandant ce qu'on fait, puis le goût vous envahit, et une fois la tasse vidée vous voulez le même, tant il a su vous amener là ou vous aviez besoin d'aller.
Ce long métrage m'a ramenée à ce que j'aimais dans cet art, qu'il vous raconte une histoire , qui par son lyrisme, et sa poésie parle directement à votre âme, bien plus qu'à n'importe quel autre partie de vous.

Ce long métrage est un film d'amour, l'amour d'une mère pour sa fille. L'amour d'une mère pas comme les autres ce qui rend sa fille différente elle aussi. Et pour nous raconter leurs histoires, la talentueuse déborah Haywood réalise et écrit un conte moderne. Elle fait arriver ses héroïnes dans une nouvelle ville, et dans une nouvelle maison au début du film. Iona l'adolescente est une pure beauté anglaise avec son teint de lait et sa longue chevelure rousse. Sa maman porte un handicap. Sa colonne vertébrale déformée dessine une bosse dans son dos et une de ses jambes est moins longue que l'autre. Elle compense tout ça par des tenues avec une forte identité et une bienveillance quasi maladive.
Les personnages ont une importance particulière, comme dans tous les contes. Et ici ils ne font pas exception.Ce sont des personnages forts qui nous suivent bien longtemps après la fin du film. Les héroïnes sont ces deux femmes, hautes en couleurs et tellement attachantes, par leurs naïvetés face à la vie, par leurs dresse-codes, par la poésie qu'elles dégagent et que la réalisation met en valeur. Il y a une scène autour d'un baume à lèvres emplie d'une «cutitude» qui laisse une trace indélébile.

Il y a les camarades de classe, les filles populaires, celles auxquelles Iona veut ressembler. Le scénario écrit aussi par la réalisatrice arrive à dresser les portraits de ses méchantes avec des nuances. Premièrement, alors qu'elles sont trois, il n'y en a que deux qui sont méchantes. Et lors d'un infime moment dans le film, le spectateur constate qu'elles auraient pu être autrement, si seulement... ce qui n’empêche le scénario de montrer la cruauté de ses personnages, qu'elles assument complètement.
Elles sont aussi les vecteurs de l'intemporalité de ce conte. Et cela, grâce à leurs costumes. Des marqueurs forts de la mode de chaque décennie sont intégrés à leurs looks, et seule la technologie permet de penser que cette histoire est contemporaine. C'est efficace, je me suis demandée pendant longtemps quand est ce que l'histoire se déroulait, avant de comprendre que ça n'avait pas d'importance. Car, elle ne cesse de se répéter depuis la nuit des temps.
Au rayon des méchantes il y a aussi les femmes adultes de cette ville. Les choix fait pour les adolescentes sont repris de manière tranchés. Elles sont bêtes, méchantes, et sans nuances, voire sans excuses. Le travail sur les costumes et légèrement différent. Elles ont choisi un style vestimentaire qui pour l'une est une publicité pour les année 80 et pour les imprimés léopards, et pour l'autre le look BCBG des années 2000. Il n'y a plus le patchwork des adolescentes. Elles sont engoncées dans leurs vilenies.
Bien évidemment, il y a un prince, à la fois trophée et passerelle vers une autre étape de sa vie.
Il est à noter que les hommes sont assez peu présents, et lorsqu'ils sont là, ils sont moins cruels que les femmes

Les décors sont étudiés avec précisions. Par exemple quand elles aménagent, leur maison est belle, mais très daté années 70. Puis au grès de la décoration de Lyn elle devient une bonbonnière de porcelaine aux couleurs improbables. C'est décalé, ça nous amène à sourire. Mais c'est mignon et plein d'une naïveté touchante. Il y a aussi un lac encadré de verdure qui devient son refuge.
Cependant la réalisation contre balance, cette facette bucolique et hors du temps avec des univers bien plus cartésien.s Un arrêt de bus sordide qui sera tagué, et un lycée bien réel. Un bel équilibre qui est à l'image du film.
Le thème de ce long métrage est l'exclusion sous différentes formes. Le bullying scolaire est développé avec délicatesse. On voit la progression du processus mis en place par les filles, et l'espace que prend la manipulation dans leur manière de faire. J'ai trouvé intéressant de faire intervenir que des filles dans ce processus. Et d'exposer comment la mesquinerie, et une certaine idée de la beauté peuvent intervenir dans cette manière de faire. Ainsi que la place prédominante de la séduction étroitement liée à la domination.
Au rayon adulte, on voit le processus majoré d'une sournoiserie sans nom, et une culpabilisation de la personne qui subit . Je ne veux pas trop en dévoiler, mais c'est vraiment bien fait.
C'est dans ce cadre que le titre du film prend tout son sens. Mais j'ai mis une semaine à comprendre, et c'est en réfléchissant sur ce billet que j'ai pris la mesure de ce que ça impliquait.

Comme souvent dans les contes ou dans les fables il y a un animal symbolique, qui rythme l'histoire. Ici c'est le chat, lui et sa représentation sont partout. Mais j’avouerai qu'un gros matou blanc m'a laissée sanglotante.
Le casting est à la hauteur de ce scénario, avec un coup de cœur pour Joanna Scalan qui interprète la maman. Elle est brillante à chaque moment dans ce long métrage. Et j'ai été impressionnée par celle qui joue sa fille Lily Newmark, qui est une boule de sentiments contradictoires, brillante à chaque fois qu'elle est à l'image.

Pour vous dire la vérité j'ai fini Pincushion en sanglotant. Ne voulant pas me faire remarquer, je suis sortie de la salle et me suis engouffrée dans les escaliers. Ou on était plusieurs dans cet état, quand est apparu la réalisatrice qui venait faire un Question-Réponse. Elle a pris le temps de nous parler et dans mon cas de me faire un câlin (ou je sanglotais encore). Je trouve que c'est à l'image de son long métrage. Ouvert sur ce qui l'entoure, généreux, et plein de considérations.

Je souhaite le meilleur pour ce film. Je lui souhaite qu'il rencontre un distributeur en France, Je vous souhaite de le voir. Et je souhaite à Deborah Haywood de faire plein d'autres films.

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