Hanoï, de nos jours. Lien, vingt-trois ans, travaille comme serveuse dans le café qui appartient à sa soeur aînée Suong. Elle partage u...

A La Verticale de l'été

22:47:00 Cecile 0 Comments


Hanoï, de nos jours. Lien, vingt-trois ans, travaille comme serveuse dans le café qui appartient à sa soeur aînée Suong. Elle partage un appartement avec son grand frère Haï, qui est acteur. A l'occasion de l'anniversaire de la mort de leur mère, Lien, Haï et la soeur cadette Khanh se retrouvent chez Suong pour célebrer cet évenement. Tout au long de cette journée, on remarque qu'il existe une grande complicité entre les trois soeurs.

À la verticale de l'été 24 Mai 2000 - Réalisé par Tran Anh Hung
”C’est magnifique, poétique, d’une justesse parfaite. Allez voir le film!” c’est en premier lieu la seule chose que j’ai eu envie de dire. Puis j’ai fini par écrire ce qui suit. Je ne suis pas sûre qu’il existe des mots assez précis pour décrire ce que j’ai ressenti en le regardant, ni à quel point il m’a fait me sentir bien

L’histoire commence par une matinée comme tant d’autres. Un homme et une femme se réveillent dans leur petit appartement. Ils ont deux lits séparés mais pourtant collés l’un à l’autre. Dans des gestes emprunts de routine et pourtant légers, il allume la radio, ouvre les volets, et commence à faire sa gym matinale pendant qu’elle se réveille, puis c’est à son tour d’étirer sa silhouette longiligne. C’est lorsqu’ils se retrouvent devant leurs petits déjeuner qu’ils commencent à parler et que l’on apprend qu’ils sont frère et sœur. Ils se rendent au restaurant que tiennent leurs grandes sœurs pour fêter l’anniversaire de la mort de leur mère. lors de cette journée de festivités autour de mets raffinés, on apprend que leur père est mort un mois après leur mère.

C’est dans cette fenêtre que se passe l’action. Sans plus d’explications, une invitation à partager pendant quelques jours la vie de ces sœurs. Ce sont des femmes dans une société patriarcale, ou les hommes ont le beau rôle depuis toujours et pourtant à aucun moment on a l’impression qu’elles n’ont pas le contrôle de leurs vies. Par un savant jeu d’équilibriste, par de simples choses, des petites choses, elles impriment leurs rythmes aux hommes, à leurs hommes. ils apparaissent souvent comme moins forts dans leurs quotidiens, quand ils sont confrontés aux rudesses de la vie. Mais dans leurs maladresses, reste une force et une candeur face à la vie qui semblent s’effacer chez les femmes.

Pour illustrer cet équilibre perpétuel, le réalisateur joue aussi avec tous les éléments extérieurs. D’abord la musique. Mon dieu je me damnerai pour avoir cette Bo, sur mon mp3. C’est juste un petit bijou toujours en osmose avec le moment. Du réveil sur un morceau de lou Reed, aux chants Vietnamiens entonnés Par Nguyen Nhu Quyn qui joue Suong la grande sœur, la bande son est représentative de ces personnages qui ne renient rien de leur patrimoine mais qui gèrent parfaitement le monde qui les entoure.


D’ailleurs tout ce qui les entoure, les paysages et les décors sont des éléments éclairants la personnalité qui y évolue. l’appartement de Lien la petite sœur interprétée par la sublime Tran nu Yen-Khe, vert et plein de voilages et de rideaux de perles mais tapissés par les dessins énigmatiques, sur lesquels on ne s'arrête jamais,de son grand frère avec qui elle vit. Grand frère qui est l’homme atypique et mystérieux du film, un artiste dont on ne connaît rien. c’est tout le talent de Tran Anh Hung de savoir mettre le parfait paysage et la parfait décor avec son personnage. La crique pour le mari de Suong en recherche perpétuelle de sérénité, le paysage urbain et lumineux pour Lien , ou encore une nuit dans un hôtel de luxe sans âme pour l’époux de Khan la sœur cadette.

Chaque image de ce film, chaque mot , chaque silence est enrobé de pudeur et d’une volupté au delà de l’imaginable. Le réalisateur tel un peintre pose sa caméra comme on pose un pinceau sur une toile. il est à la verticale d’une épaule ou d’un bras, filmant en toute pudeur ses femmes et pourtant sublimant leurs corps. Les sentiments ou la sexualité sont souvent abordés dans les conversations, mais ils le sont toujours à demi mots dans un huit clos. Je crois que l’une des scènes qui en est la plus belle illustration est l’annonce de la prochaine maternité de l’une des protagonistes à son époux. Tout n’est que lumière, douceur. Un moment juste et d’une poésie sans comparaison.

Ce film est le film d’un homme sur les femmes. Un homme qui vivait depuis des années en France et qui filma ces femmes dans sa langue maternelle. Et en cela on ressent tout son amour pour ses personnages.

Comme j'en ai déjà parlé, les femmes de ce film sont assez éloignées de nos carcans occidentaux et pourtant elle sont très proches de nous.

Elles sont fortes beaucoup plus fortes que les hommes. Et bien qu’elle soient cantonnées à des tâches bien souvent ingrates. Elles ne s’en plaignent pas, elles sont libres, sûrement car c’est femmes savent qui elles sont et assument parfaitement de l’être. De même la sensualité avec laquelle la lumière les caresse et la volupté qui en émane n’est jamais déplacée. Les femmes de ce films sont sublimes.

dans cet univers très codifié avec les mêmes repères depuis des années, elles évoluent et mènent leurs vies comme elles l’entendent. A l’image de leur mère qui meurt en laissant le nom d’un homme mystérieux.

Le seul bémol qu’émet l’histoire est l’évolution de ces femmes. Si la plus jeune est pleine d’espoir toujours pleine d’allant et voulant dévorer la vie. Les deux autres sont obligées de composer avec la vie, et surtout de vivre avec leurs hommes. C’est eux, encore la qui sont à la source de tous leurs maux.

Je ne sais pas si c’est les douces sonorités vietnamiennes que portent les voix de ces femmes. Ou si c’est la bande son et son imprégnation des chants en langue originale le tout rythmé par les clapotis de l’eau. C’est sûrement aussi provoqué par la photographie extraordinaire et les couleurs merveilleuses. Mais ce film est juste une magnifique poésie, l’incarnation d’un lyrisme parfait. une magnifique ode aux femmes, un de ces poème qui vous envoûte et qui vous enveloppe bien longtemps après que vous l’ayez quitté des yeux.

Ce film est la plus belle chose qui m’ait été donnée de voir depuis longtemps. Il est beau, il est juste, il ne transige pas avec l’air du temps. C'est un petit joyau qui ne sera sûrement pas apprécié de tout le monde, mais c'est le mien.

Si tu as lu ces quelques lignes merci encore Guillaume pour ce film.

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