En douze ans, Mark Wallace et son épouse Joanna ont effectué trois fois la route qui relie Londres au Midi de la France. Mais entre d...

Voyage à Deux

01:43:00 Inglourious Cinéma 4 Comments


En douze ans, Mark Wallace et son épouse Joanna ont effectué trois fois la route qui relie Londres au Midi de la France. Mais entre d'une part le joyeux périple où Mark la rencontra, l'aima, la séduisit, et d'autre part le morne voyage d'un couple usé par l'habitude et l'incompréhension, seuls les paysages sont restés les mêmes...

Voyage à deux – 6 Septembre 1967 – Réalisé par Stanley Donen

Quatrième film que je critique sur le blog du réalisateur Stanley Donen. Après la réjouissante et cultissime comédie musicale « Chantons sous la Pluie », le musical ou se traîne la « Drole de Frimousse » d'Audrey Hepburn et la comédie romantique-policière a suspense « Charade », voici ce qui est considéré comme l'un de ses chefs d’œuvres, le mélancolique « Voyage à Deux » ! Un film qui fait parti de sa seconde partie de carrière, avec un abandon de la comédie musicale pour des films toujours dynamiques, colorés et d'une indéniable modernité.

Mark est un architecte talentueux et Joanna son épouse, une femme au foyer qui ne manque de rien. Tout deux sont un couple tout ce qu'il y a de plus banal, avec son lot de trahisons, de peines et de joies ! Mais rien ne va plus, le couple bat de l'aile et alors qu'ils font route vers le sud de la France, tout les deux se remémorent le passé et leurs 12 ans de vie commune. Une réflexion douloureuse pour savoir ou tout a déraillé, ou leur complicité si forte a pu tomber et ou l'amour a pu commencer a se faire moins fort ! C'est ainsi qu'il nous font revivre leur histoire. Des débuts rocambolesques, au mariage en passant par l'arrivée de leur petite fille. les Wallace refont la route de leur amour, à deux, pour essayer de comprendre et de sauver la dernière étincelle qui les unit ! Un joyeux périple a travers le temps …

Stanley Donen rajoute une ligne de plus à une filmographie de qualité avec ce film. Qui même si il n'est pas sans défaut, propose une réflexion de choix sur le couple mais aussi un scénario qui mettra a l'épreuve les talents de monteurs de Madeleine Gug et Richard Marden.

Si on déroule l'histoire que le film nous raconte, elle n'est pas vraiment passionnante. C'est une relation tout ce qu'il y a de plus banal, avec les dangers qui y incombent ! Mais l'auteur du scénario, un certain Frédéric Raphael en tire quelque chose d’extrêmement efficace et d'une grande qualité car il raconte ça comme peu ont osé le faire. D'une vie simple, il en tire quatre histoires distinctes mettant en scène les deux mêmes personnages dans des timelines différentes. Il profitera de ça pour entremêler ces différentes histoires afin d'organiser un vrai choc d'émotions ou le bonheur répondra a la tristesse, la colère au dépit ou encore la lassitude a la banalité de l'instant. Mettant en lumière la complexité d'un engagement amoureux a l'épreuve du temps (Mariage), immuable et sans condition ou seul l'humain dans sa grande contradiction peut altérer ( Adultère). Au final que reste-t-il ? Un lieu, une image ou un souvenir qui font illusion et qui montre bien qu'une relation se battit et se consolide à deux et qu'elle dépérit a deux.

Nommée en sont temps pour l'Oscar du Scénario Original, Frédéric Raphael profitera aussi du savoir faire de Stanley Donen. Qui en bon chorégraphe sera donné le bon tempo à cette histoire. Car c'est bien là qu'on verra tout le savoir faire de ce cinéaste. Au delà de ce scénario réussi, il entretien avec élégance la complexité du scénario en adaptant sa mise en scène au sujet. Ou les flashbacks et les flashforwards s’enchaînent avec fluidité, toujours dans le bon rythme, avec des effets réussis au niveau des transitions ! Une voiture quitte le champ pendant qu'une autre arrive en sens inverse ou alors par des parallèles avec des situations analogues. Et le montage signé Madeleine Gug et Richard Marden est juste parfait, il n'y a aucune fausse note et franchement ce n'est pas donné a tout le monde de le faire aussi bien. Une technique au top qui entretient un flou au niveau de l'histoire volontairement entretenu par Donen pour qu'on ne se concentre que sur les personnages. Et seul les habits distinguent une époque de l'autre ! Une révolution pour Audrey Hepburn qui abandonne le temps d'un film les tenues de chez Givenchy pour des tenus de créateurs anglais et français des années 60 comme un certain Paco Rabanne ! Au niveau de la bande originale on a aussi la meilleure partition de Henry Mancini selon son auteur et aux vues de ses travaux déjà sur deux autre films d'Hepburn (Charade, Diamants sur Canapé) et sur la Soif du mal de Welles, j'aurais tendance à le croire !

Le film est quant à lui tenu par les épaules de deux acteurs de grand talent. Tout d'abord on retrouve madame Audrey Hepburn qui n'aurait pas volé une statuette tant se film lui permet d'explorer des facettes de sa personnalité jusqu’alors trop peu exploitées à l'écran. Loin de la jeune fille ingénue qu'elle a pu jouer souvent, on trouve ici une Audrey Hepburn au top de sa forme et surtout d'une grande maturité ! Une actrice mais aussi une femme avec toutes ses qualités et ses défauts. Qui joue sur son aisance naturelle pour mieux nous surprendre avec force et gravité quand c'est nécessaire. Pour jouer son mari, le britannique Albert Finney.,un acteur de renom au charisme impressionnant, tantôt mufle, rustre et fort peu sympathique, il incarne « l'homme » des sixties dans toute sa splendeur, séducteur et machiste. Mais comme sa partenaire il joue a merveille, distillant les nuances dans son jeu avec précision et justesse ou son air mélancolique se marie a merveille au regard puissant d'Audrey Hepburn ! 


Comédie amère sous fond de mélancolie brillamment réalisé ... 

4 commentaires:

  1. J'ai vu en cours l'extrait de la voiture et un autre sur leurs activités passant du passé au présent avec une certaine minutie. C'était assez intéressant de voir les transitions.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Pour moi le montage est aussi bon et précis que celui de Cloud Atlas !

      Supprimer
  2. Titre majeur du grand Stan (un des derniers témoins encore vivants de la grande époque hollywoodienne) qui échappe encore à ma culture. Cet article consistant est une invitation à réparer cette erreur ! (surtout s'il y Audrey Hepburn et Albert Finney)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Moi qui avait pris l'habitude de voir une Audrey Hepburn pétillante, drôle et toujours souriante, celui ci m'a fait bizarre car c'était la Audrey Hepburn femme que l'on voit dans ce film. Une femme de caractère qui détonne !
      Si le film venait a ne pas te plaire, niveau "technique" c'est du grand art

      Supprimer

Rechercher dans ce blog