L'Homme qui a surpris tout le Monde

by - octobre 12, 2018


L'HOMME QUI A SURPRIS TOUT LE MONDE
de Natasha Merkulova
et D'Aleksey Chupov

Au fin fond de la Sibérie, un homme fait face. Il fait face aux braconniers qui essayent de le tuer, il est garde de chasse. Il fait face à sa femme enceinte et pleine de joie. Il fait face à son fils qui est en adoration devant lui, a son beau père acariâtre qui vit avec eux. Il fait face à la maladie et à sa mort imminente qu'il cache à tous , mais pour combien de temps.

Ce film est un film russe et ça a son importance, le régime et sa vision de la culture ayant un rôle dans la manière de raconter cette histoire et dans le message qu'elle porte. Natasha Merkulova reprend cette histoire inspirée d'une histoire vraie qu'on lui a raconté alors qu'elle était enfant et vivait loin des villes.

Ce qui en premier saute aux yeux c'est l'image. Celle de la nature que surveille Egor. Ces arbres majestueux qui se reflètent dans le fleuve, mais aussi l'aspect rugueux que ça confère au film et à ses personnages. Les décors : les extérieurs de la maison de notre personnage principal, ses clôtures, les cabanons, le bardages, tout est rugueux et pas traité. A l'image d'Egor ce mal alpha qui prend tout en charge, il calcule comment payer ses funérailles, il établit une liste d'aides que devra demander sa femme en tant que veuve, il va jusqu'à calculer quant est-ce qu'il rentrera en soins palliatifs (après avoir récolté les pommes de terre). Mais c'est compter sans sa femme qui finit par le savoir et devant le manque de perspective le traîne chez une chamane. Une chamane qui au détour d'une conversation , lors d'une beuverie post consultation, lui racontera un conte pour enfant qui donnera une prise à cet homme malade sur cette situation.
vous entrez dans une période sujette au spoilers.

Et a partir du moment où Egor décide de se déguiser en femme pour tromper la mort, diverses choses changent. D'abord la lumière et on remercie le directeur de la photo, qui nous offre des moment intimistes, éclairés d'une lumière dorée qui ne révèle rien, et qui transforme tout.

Les réalisateurs jouent de leurs virtuosités, ils utilisent les gros plans( d'une partie de la nuque, d'une épaule) ou floutant les produits qu'Egor va acheter en catimini (sous vêtements féminins , rouge à lèvres, mascara, fards, vernis, robe, collant, bottines, sac à main)...mais cette transformation qu'il n'explique jamais dans un pays aussi homophobe est synonyme d'exclusion à minima. De plus dès qu'il commence à s'habiller à femme, sa gestuelle est aussi féminine, sa manière d'enfiler ses collants avec une infinie délicatesse sensuelle, sa manière de se baisser et de s'accroupir en enroulant ses bras autour de ses genoux.
En plus de cette gestuelle, la mise en lumière donne à Evgeniy Tsyganov une aura et une douceur toute particulière.
Il est très intéressant de voir le regard que la société russe porte sur la femme au fil de cet métamorphose. Je ne vous donnerai pas le point qui semble être culminant en tant que femme et lui sauve la vie. Mais c'est édifiant de s'apercevoir que cet homme qui gérait tout quand il devient femme ne s'occupe plus de rien, ni de l'argent pour sa famille, ni des problèmes que son comportement va amener, ni ce que va devenir de son fils... de même il est incroyable de voir cet homme qui au début du film tue un braconnier à main nue après une bagarre, ne pas bouger quand on le bat parce qu'il est habillé en femme

Ce film est,beau fort et abrupte. La photographie est un bonbon, et la mise en scène un cadeau . Les acteurs principaux sont si bons qu'ils en sont déstabilisants. Ici on parle plus de ce qu'est être LGBT ou une femme en Russie que d'une fin de vie en Sibérie.

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